Leon Weidner
· 11.08.2026
Avec son cinquième victoire au Tour de France Tadej Pogačar a atteint un niveau exceptionnel, même dans l'histoire du cyclisme. Alors que d'autres coureurs passent des années à se battre pour remporter une seule victoire au Tour, le Slovène semble désormais capable de dominer le plus grand tour du monde presque à sa guise. Parallèlement, il a déjà remporté de nombreux Monuments, célébré des titres de champion du monde et s’est imposé comme la figure dominante de sa génération. Sa participation à la Vuelta a España cette année devrait, si tout se passe comme prévu, venir s’ajouter à son palmarès. Mais c’est précisément là que réside le paradoxe de sa carrière : plus Pogačar gagne, plus il lui est difficile de se fixer de nouveaux objectifs.
D'un point de vue sportif, le calcul est simple à première vue. Après sa victoire au Tour, la Vuelta offre une nouvelle occasion d'entrer dans l'histoire. La participation prévue à la Vuelta a España n'est pas simplement la suite logique d'une saison couronnée de succès. Pour Tadej Pogačar, il s'agit de combler l'une des dernières grandes lacunes de son palmarès.
Certes, le Slovène a déjà remporté plusieurs fois le Tour de France, s'est imposé au Giro d'Italia et a collectionné de nombreux « monuments ». Le Tour d'Espagne, en revanche, ne figure toujours pas sur sa liste de victoires au classement général des Grands Tours. Une victoire à Madrid le ferait entrer dans le cercle très fermé des coureurs ayant remporté les trois grands tours nationaux.
À cela s'ajoute le fait que la Vuelta est traditionnellement une course qui récompense le cyclisme offensif. Rares sont les Grands Tours qui correspondent aussi bien, sur le plan sportif, au style agressif de Tadej Pogačar. La perspective de trois semaines de course sans les mécanismes de contrôle du Tour pourrait donc s'avérer particulièrement séduisante pour les fans.
Dans ce contexte, le nom d'Eddy Merckx vient inévitablement à l'esprit. Chaque nouvelle victoire au Tour, chaque Monument et chaque grand tour rapproche Tadej Pogačar de ce niveau historique qui a été considéré comme inaccessible pendant des décennies.
Il est intéressant de noter que la carrière de Pogačar s'est jusqu'à présent déroulée différemment de celle de nombreux spécialistes du Tour. Il ne se limite pas à un seul objectif principal pour la saison. Au contraire, il participe à des classiques, des « monuments », des championnats du monde et des tours au plus haut niveau. C'est précisément cette polyvalence qui rend possible les comparaisons avec Merckx.
La question n'est pas de savoir si Pogačar peut encore remporter d'autres courses. La question est de savoir s'il a vraiment envie de battre tous les records pendant dix ou quinze ans.
Mais ce qui est encore plus intéressant que la question de la Vuelta, c'est la période qui suivra. Tadej Pogačar a laissé entendre à plusieurs reprises que la médaille d'or olympique revêtait pour lui une importance particulière. La Jeux de 2028 à Los Angeles pourraient ainsi devenir l'un des principaux objectifs de carrière restants. Contrairement à un Grand Tour, les Jeux olympiques n'offrent cette chance que tous les quatre ans et revêtent une importance unique, même pour les coureurs qui ont déjà presque tout gagné.
En même temps, Pogačar ne donne pas l'impression d'être un sportif qui se lancera inévitablement à la poursuite de records jusqu'à la dernière année possible. Dans ses interviews, il a laissé entendre à plusieurs reprises qu'il ne définissait pas sa vie uniquement par le cyclisme et qu'il pouvait également envisager, à long terme, une vie en dehors du circuit professionnel.
C'est précisément ce qui rend cette phase de sa carrière si passionnante. La question n'est peut-être pas de savoir combien de victoires d'étape Tadej Pogačar pourra encore remporter, mais plutôt pendant combien de temps il sera prêt à accepter les sacrifices nécessaires pour rester à ce niveau.
Avec sa cinquième victoire au Tour, Pogačar a presque atteint le stade où les victoires à elles seules ne suffisent plus à résumer toute son histoire. La Vuelta qui s'annonce pourrait combler l'une des dernières grandes lacunes de sa carrière. Ensuite, d'autres objectifs passeront au premier plan : l'or olympique, Paris-Roubaix et bien sûr, sa sixième victoire au Tour, ce qui ferait de lui le détenteur incontesté du record.
C'est une situation inhabituelle dans le monde du cyclisme. Non pas parce que Tadej Pogačar n'aurait plus d'objectifs, mais parce qu'il est l'un des rares coureurs à pouvoir se permettre de choisir lui-même ceux qui lui tiennent encore suffisamment à cœur.

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