Stefan Tabeling et Felix Schröder, dpa
C'est heureux et soulagé que Tadej Pogacar est monté dans le TGV en direction de Paris. Terminus : la nostalgie. Le « mangeur d'hommes », comme le décrivait avec admiration le célèbre journal du Tour « L'Équipe », en avait finalement assez. Après trois semaines d’aventure en France, marquées par des victoires en solo d’une domination difficilement surpassable, d’impressionnantes performances en montagne, des records mémorables, mais aussi des contrôles antidopage à 5 heures du matin et quelques huées venant du bord de la route.
C'était la quatrième fois que Pogacar se rendait à Paris avec le maillot jaune. Une fois – lors de sa victoire en 2024, année des Jeux olympiques –, le Tour s'était, comme on le sait, terminé à Nice. Le légendaire Eddy Merckx avait déjà accueilli ce coureur d’exception dans le cercle très fermé des quintuples vainqueurs, aux côtés des deux Français Jacques Anquetil et Bernard Hinault ainsi que de l’Espagnol Miguel Indurain. Mais ce n’est pas encore la fin. « Je ne pense pas qu’il se contentera de nous égaler, moi et les autres champions. Bientôt, il battra notre record de victoires au Tour », a déclaré le Belge de 81 ans à la « Gazzetta dello Sport ».
Qui pourrait bien battre Pogacar ? En tout cas, en montagne, c'était une « mission impossible », comme l'a admis le double champion olympique Remco Evenepoel. Lorsque le champion du monde entrait en lice, ses rivaux ne tentaient même plus de lui résister. Comme lors de son exploit sur les 21 virages en épingle à cheveux les plus célèbres du monde, dans la montée vers la Mecque du cyclisme qu'est l'Alpe d'Huez, lorsque Pogacar a rattrapé en trois minutes et demie un groupe d'échappés très solide.
Il a ainsi pulvérisé le record détenu depuis 31 ans par Marco Pantani. 35 minutes et 26 secondes pour la montée finale de 13,8 kilomètres, soit une moyenne de plus de 23 km/h, 1 minute et 24 secondes de mieux que la légende italienne en 1995 – une performance jugée surhumaine par de nombreux experts.
Au Col du Tourmalet, dans les Pyrénées, Pogacar avait déjà établi un nouveau record personnel. « Les records ne m'intéressent pas, ce qui compte pour moi, c'est la victoire », déclare Pogacar avec sa modestie habituelle. De la même manière, il n'a pas voulu accorder trop d'importance à ses victoires d'étape aux Angles, à Gavarnoe-Gèdre, au Lioran et au Markstein.
À l'Alpe d'Huez, il a déjà remporté sa 26e victoire d'étape sur le Tour. S'il n'avait pas pris le temps d'aider son coéquipier Isaac del Toro, qui a terminé troisième, ce nombre serait sans doute encore plus élevé. Seuls l'ancienne star du sprint Mark Cavendish (35 ans), Merckx (34 ans) et Hinault (28 ans) le devancent encore. Si le coureur de 27 ans continue sur cette lancée, le record pourrait bien tomber d'ici deux ans.
« Je n'ai pas l'impression d'être devenu beaucoup plus fort depuis 2024. Mais j'ai acquis plus d'expérience ; les petits détails continuent de s'améliorer. Tout est dans les détails », dit-il.
Pogacar établit de nouvelles références dans le cyclisme. Il remporte des courses grâce à de longues échappées en solo ou, au besoin, au sprint. « Pogi est désormais devenu une personnalité mondiale », s'est réjoui son directeur sportif Mauro Gianetti : « Il a l'aura, le charisme et le pouvoir d'attraction d'un Roger Federer. C'est une icône. »
Et sur le Tour, il a depuis longtemps endossé le rôle de leader. Il n'est plus seulement le gentil garçon de Komenda, comme lors de ses débuts il y a six ans. Il défend avec conviction les intérêts du peloton quand il le faut. Comme après la chute fatale de son rival Jonas Vingegaard, qui a chuté lors de la 15e étape à la suite d’un contrôle antidopage nocturne et s’est fracturé la clavicule. Pogacar a émis l’hypothèse qu’il pourrait y avoir un lien entre les deux événements.
Outre Vingegaard, Pogacar a lui aussi fait l'objet d'un contrôle nocturne. Une procédure sans précédent en France, qui a été autorisée par un tribunal parisien. Y aurait-il des soupçons ? Ou bien ces performances exceptionnelles sur un vélo de course constituent-elles à elles seules une raison suffisante pour justifier des mesures aussi inhabituelles ?
La domination de Pogacar ne fait en tout cas pas l'unanimité. Au bord de la route aussi, l'« insatiable » a parfois été hué. « Cela ne fait que nous rendre plus forts », a rétorqué Pogacar : « Quand quelqu’un me hue, je pense à Novak Djokovic et je m’inspire de lui. » La star serbe du tennis n’a pas non plus que des supporters. Mais 99 % des gens lui sont favorables, a fait remarquer Pogacar.
Le champion du cyclisme, sous contrat avec l'équipe UAE jusqu'en 2030, peut ainsi se lancer à la conquête de ses prochains objectifs. On parle notamment de la Vuelta : ce tour d'Espagne de trois semaines manque en effet encore à son long palmarès. La classique printanière Paris-Roubaix lui a également échappé jusqu’à présent, malgré deux deuxièmes places. Et tout le monde sait que Pogacar apprécie tout particulièrement le maillot de champion du monde, au même titre que le maillot jaune.
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