DPA
· 05.04.2023
Pour le point culminant des classiques pavées, seule la force brute compte. Sur les 257 kilomètres de Paris-Roubaix, les cyclistes professionnels n'auront pas à franchir de côtes abruptes le dimanche de Pâques, mais ils traverseront à la place 29 secteurs brutaux.
Outre la chance et la tactique, c'est surtout la force - traduite en langage cycliste - qui compte : Watt. L'utilisation de ces valeurs donne régulièrement lieu à des discussions, comme cette année bien sûr. Il s'agit toujours de transparence et de traçabilité, personne ne doit avoir le droit de cacher quoi que ce soit - mais tout le monde le veut bien sûr.
Plus récemment, on a trouvé en Mathieu van der Poel (Alpecin-Deceuninck), l'un des favoris pour la victoire de "l'enfer du Nord" est au centre du débat. Le Néerlandais a publié ses données pendant un an sur la plateforme Strava, accessible à tous. Si l'on veut, c'est un peu comme le Facebook des sportifs d'endurance. "J'ai toujours entendu dire à droite et à gauche que rien n'était connu sur mon entraînement", explique le jeune homme de 28 ans. Pour contrer d'éventuels soupçons, van der Poel a rendu ses valeurs publiques. Depuis cette année, cela a cessé.
Cette décision est compréhensible, car la concurrence ne doit pas connaître sa propre forme. Le plus grand rival de Van der Poel, Wout van Aert, partage certes encore ses sorties sur Strava, mais omet les données telles que la fréquence cardiaque et la puissance en watts. "Alors cela ne sert en fait à rien, car on ne peut rien en déduire", explique van der Poel. Vainqueur du Tour des Flandres Tadej Pogacar procède de la même manière : l'entraînement oui, les données clés non.
L'ancien vainqueur de Roubaix John Degenkolb (Équipe DSM) voit le sujet de manière nettement plus détendue. "Je ne trouve pas que le nombre de watts soit si important", déclare l'homme de 34 ans à la dpa. "Les watts ne font pas gagner les courses". Le routinier voit surtout Strava "comme un outil formidable pour faire participer les gens à l'effort que l'on fournit". Toute personne s'inscrivant sur la plateforme peut suivre Degenkolb et obtenir un aperçu de ses performances. On peut ainsi voir que l'année dernière, le natif de Thuringe a parcouru plus de 30.000 kilomètres à vélo. Cette année, ce chiffre dépasse déjà largement les 8000.
D'une part, Strava donne plus de crédibilité aux sports d'endurance comme le cyclisme, le ski de fond, le triathlon ou le marathon. "Bien sûr, la disponibilité des données contribue à la transparence. On peut certainement estimer où se situe l'élite mondiale et cela peut aussi servir de référence", explique Dan Lorang, Head of Performance de l'équipe allemande. Bora-Hansgrohe, de la dpa.
D'un autre côté, la plate-forme crée un lien plus étroit entre les professionnels et les sportifs amateurs. On peut parcourir le Paterberg dans les Flandres ou l'Alpe d'Huez dans les Alpes, télécharger ses données et comparer les chiffres avec ceux des professionnels. Dans ces meilleurs temps pour certaines parties du parcours - les fameux KOM - on trouve même souvent les noms d'Ottoniens devant des stars comme Pogacar ou van der Poel. Alors que les professionnels établissent généralement leurs meilleurs résultats au passage lors d'une course, les coureurs amateurs se concentrent uniquement sur les sections concernées.
L'équipe Bora-Hansgrohe va même jusqu'à utiliser Strava pour trouver de jeunes coureurs talentueux. Dans le cadre du programme Juniors de l'équipe, les adolescents ambitieux peuvent mettre à disposition leurs données Strava et les faire analyser par l'équipe. La phase de candidature est ouverte jusqu'à fin mai. Si l'on confirme ensuite ses performances lors de tests approfondis, on obtient un contrat U19 avec l'équipe de développement Bora Auto Eder.
Nils PolittLe capitaine de Boras à Paris-Roubaix, qui a déjà terminé deuxième en 2019, utilise Strava pour planifier ses itinéraires d'entraînement. Il ne publie volontairement pas ses données de puissance. La chasse aux meilleurs temps sur certains tronçons le motive toutefois. "Mais c'est amusant de se défier parfois pour un COM", dit Politt. "Je suis aussi quelques amis, mais pas pour voir ce qu'ils font à l'entraînement. Plutôt pour voir où ils roulent".
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