Kristian Bauer
· 12.06.2026
Après les étapes décisives dans les Vosges et les premières étapes alpines, une pause apparente est prévue le 21 juillet : un contre-la-montre individuel de 26 kilomètres entre les deux stations thermales d’Évian-les-Bains et de Thonon-les-Bains, au bord du lac Léman. Mais les apparences sont trompeuses : Christian Prudhomme met en garde contre un « cocktail explosif » que seuls les coureurs les plus complets pourront maîtriser. Un tiers de montée, un tiers de descente, un tiers de plat : cette 16e étape pourrait bien être la dernière chance pour ceux qui ont souffert lors des étapes de montagne précédentes de récupérer des secondes décisives avant que le Tour ne s'enfonce dans le bloc alpin final.
À y regarder de plus près, les 26 kilomètres qui séparent Évian-les-Bains de Thonon-les-Bains révèlent un profil qui impose trois types d’exigences totalement différentes aux coureurs. La première partie du parcours s'étend sur 9,7 kilomètres jusqu'à la Côte de Larringes, avec une pente moyenne de 4,3 % jusqu'à 799 mètres d'altitude – une ascension qui exige des qualités de grimpeur et peut déjà mettre en difficulté les purs spécialistes du contre-la-montre. À partir de Champanges, le parcours se transforme en une ascension continue où les positions aérodynamiques atteignent leurs limites et où la puissance en watts fait la différence entre la victoire et la défaite. Le point culminant à Féternes marque le passage à la deuxième phase : une descente techniquement exigeante vers le Pont de la Douceur, qui présente un dénivelé de 370 mètres. C'est là que le bon grain se sépare de l'ivraie : ceux qui montrent des faiblesses en descente ou qui ont fait de mauvais choix de matériel perdent de précieuses secondes. Les neuf derniers kilomètres le long du lac Léman jusqu’à Thonon-les-Bains semblent à première vue tranquilles, mais après les épreuves des deux premières sections, ce dernier tronçon plat devient une épreuve de volonté.
Les 500 mètres de dénivelé cumulé placent les équipes face à un dilemme quant au choix du matériel. Si un vélo de contre-la-montre classique offre des avantages dans les passages plats, il s'avère être un inconvénient dans l'ascension de la Côte de Larringes. De nombreux coureurs opteront pour un compromis : des vélos de contre-la-montre avec des rapports adaptés, voire des vélos de course en configuration aérodynamique. Le choix des roues pourrait également varier : des jantes en carbone profondes pour l'aérodynamisme ou des roues de grimpe plus légères pour l'ascension. Dans la première phase de montée, les coureurs doivent abandonner leur position aérodynamique et adopter une position de grimpe plus puissante pour générer la puissance nécessaire. Le retour à la position de contre-la-montre pour la descente et la dernière partie en plaine exige non seulement une habileté technique, mais aussi la capacité de recalibrer son corps en quelques secondes.
La répartition des efforts sur trois tronçons aussi différents exige une stratégie de gestion de l'effort bien pensée. Certains coureurs commettront l'erreur d'aborder la montée de la Côte de Larringes de manière trop prudente afin d'économiser leurs forces pour la dernière partie. Mais l'expérience le montre : le temps perdu dans la montée est difficilement rattrapable sur le plat. Les coureurs les plus performants attaqueront la montée de manière agressive et prendront le risque de souffrir dans les derniers kilomètres. La gestion des risques dans la descente technique de Féternes vers le Pont de la Douceur sera également décisive. C'est là que les coureurs audacieux pourront gagner des secondes décisives – ou, en cas de chute, enterrer toutes leurs ambitions pour le Tour. Les virages serrés et les revêtements de route changeants exigent une concentration absolue et un réglage parfait du matériel. Ceux qui s'y aventureront avec des pneus trop mous ou des freins mal réglés le paieront cher.
Au classement général, cette 16e étape pourrait marquer un tournant. Les bonifications de 10, 6 et 4 secondes pour les trois premières places ne sont que la partie émergée de l'iceberg : des écarts de 30 à 40 secondes entre les favoris du classement général sont tout à fait réalistes. Pour les coureurs qui ont perdu du temps lors des étapes de montagne précédentes, c'est ici la dernière chance de passer à l'attaque avant les dernières étapes alpines. La situation sera particulièrement intéressante pour les spécialistes de la montagne battus qui nourrissent des ambitions en contre-la-montre. Les coureurs qui ont perdu de précieuses secondes sur le Plateau de Solaison peuvent ici combiner leurs capacités de grimpe avec leur puissance en contre-la-montre. Le profil vallonné favorise les coureurs polyvalents, qui ne sont ni de purs spécialistes de la montagne ni de classiques spécialistes du contre-la-montre, mais qui sont capables de réaliser de solides performances dans les deux disciplines.
Le lac Léman a déjà servi à plusieurs reprises de cadre à des moments décisifs du contre-la-montre dans l'histoire du Tour. En 1979, Bernard Hinault a ravi le maillot jaune à Joop Zoetemelk lors du contre-la-montre de 55 kilomètres reliant Évian à Avoriaz – un tour de force qui a fait faire un bond décisif au Breton vers sa première victoire au Tour. Les parallèles avec l'étape actuelle sont indéniables : à l'époque aussi, les coureurs devaient venir à bout d'un dénivelé important qui a bouleversé le classement du contre-la-montre. Évian elle-même peut se prévaloir d'une impressionnante tradition sur le Tour. Première ville de province à avoir accueilli un Grand Départ dès 1926, la station thermale a marqué l’histoire à une époque où le Tour était encore d’une envergure bien plus modeste. Évian a accueilli des étapes du Tour pendant douze années consécutives, ce qui souligne l’importance stratégique de la région. Plus récemment encore, en 2010, lors du prologue du Critérium du Dauphiné, Alberto Contador a démontré que la topographie vallonnée autour du lac Léman exigeait des qualités exceptionnelles en contre-la-montre.
Après les premiers dénivelés dans les Vosges et le coup d'envoi dans les Alpes sur le Plateau de Solaison, le contre-la-montre entre les stations thermales constitue le dernier facteur de correction avant les décisions finales. Les secondes gagnées ou perdues ici seront d'une importance cruciale lors des prochaines étapes menant à la station de ski de l'Alpe d'Huez et au Col du Galibier (2 642 mètres, le point culminant du Tour 2026). Les coureurs qui rattrapent du temps ici abordent les étapes reines avec une confiance renforcée. À l'inverse, de nouvelles pertes de temps peuvent affaiblir le moral à tel point que la prise de risque nécessaire ne sera plus au rendez-vous, même en montagne. Il ne faut pas sous-estimer la composante psychologique de ce contre-la-montre : c'est le dernier moment où les coureurs peuvent améliorer leur position au classement général par leurs propres moyens, sans jeux tactiques ni soutien de l'équipe.

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