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· 22.11.2023
En tant que Jan Ullrich en ce jour d'été du 15 juillet 1997, qui gravit presque irrésistiblement les rampes menant à Andorre-Arcalis, toute l'Allemagne est soudain prise de fièvre cycliste. Le sympathique garçon de Rostock, aux cheveux blonds-roux et aux taches de rousseur sur le visage, s'empare du maillot jaune du Tour de France et ne le quittera plus jusqu'à Paris. "Voilà le Patron", titre l'organe du Tour "L'Équipe", on parle du "Boris Becker du cyclisme".
Dès lors, chaque année en juillet, des millions de personnes se rassemblent devant leur téléviseur et souffrent pendant des heures avec Jan Ullrich lors de l'ascension des géants des Alpes et des Pyrénées. Les sponsors et les organisateurs font la queue. Ullrich est l'Everybody's Darling, la pop star sur deux roues. Le type de pote qui, en hiver, n'hésite pas à dépasser les bornes et à traîner quelques kilos en trop.
S'ensuivent des duels passionnants avec son grand adversaire Lance Armstrong, mais ce dernier finit toujours par être un peu plus rapide. Le Texan, obsédé et guéri du cancer, remporte sept fois le Tour de France, avec des moyens illicites, comme on le découvrira plus tard. La popularité d'Ullrich ne doit pas en souffrir. Outre sa victoire au classement général en 1997, Ullrich se classe cinq fois deuxième du Tour. Il devient champion du monde et champion olympique.
Lorsque Ullrich tente une nouvelle fois de s'emparer du trône du Tour de France après la fin de la carrière d'Armstrong en 2006, les rapports en provenance d'Espagne sur l'"Operacion Puerto" à grande échelle font des vagues. Ullrich est démasqué comme client du médecin antidopage Eufemiano Fuentes et retiré de la grille de départ avant même le Tour. Son équipe T-Mobile tire le frein d'urgence, la carrière d'Ullrich s'arrête d'un coup. Nombre de ses anciens coéquipiers, comme Erik Zabel ou Rolf Aldag, avouent s'être dopés. De la part d'Ullrich, on n'entend toujours que la même phrase : "Je n'ai trompé personne". Il se tait - peut-être par peur des conséquences financières.
Ullrich se retire. En 2010, il annonce sur son site internet qu'il souffre d'un syndrome d'épuisement professionnel. Sur le plan du droit du sport, son cas se conclut en 2012 par une suspension prononcée par le Tribunal international du sport (TIS), qui le prive de tous ses succès depuis le 1er mai 2005. Peu après, Ullrich reconnaît au moins les traitements Fuentes dans une interview accordée au magazine "Focus". Entre-temps, un rapport de la commission antidopage du Sénat français datant de 2013 prouve qu'il a utilisé de l'épo lors du Tour 1998, ce qui n'a plus de pertinence du point de vue du droit sportif.
Le nom d'Ullrich est mis au ban des médias, des sponsors et des organisateurs. Autant il était autrefois acclamé, autant sa chute est désormais profonde. Il n'y a que pour les fans qu'il reste le "Ulle" proche du peuple, encore acclamé sur le bord de la route en 2017 lors de l'escapade du Tour de France en Allemagne. Avec sa femme et ses enfants, Ullrich s'installe à Majorque, mais après 13 ans, le bonheur conjugal se brise.
Ullrich s'entoure d'individus louches, la cocaïne et le whisky rythment sa vie. Après une dispute avec son voisin et la star de la télévision Til Schweiger, Ullrich se retrouve en prison pour une nuit, puis un peu plus tard dans une clinique privée spécialisée dans les addictions. L'un des premiers visiteurs est Armstrong, qui aide son ancien rival.
Ullrich retourne en Allemagne, vit dans la solitude de Merdingen, près de ses quatre enfants. Il veut laisser sa vie mouvementée derrière lui. "J'étais au paradis, et j'étais en enfer. Maintenant, je suis de retour sur terre, sur le chemin du milieu", déclare Ullrich au magazine Stern. En décembre, il aura 50 ans. Avant cela, il veut participer au documentaire "Jan Ullrich - Le chassé-croisé"Le film, qui sera diffusé sur Amazon Prime à partir du 28 novembre, raconte comment tout s'est passé. Un pas qu'il aurait sans doute mieux fait de faire il y a 17 ans.
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