TOUR : Avec des victoires dans presque toutes les grandes courses de marathon, tu peux sans doute te considérer à juste titre comme la meilleure coureuse de marathon d'Europe. Qu'est-ce que cela te fait ?
MEYER : J'entends cela sans cesse, mais j'ai du mal à vraiment le comprendre. Bien sûr, c'est un grand honneur pour moi d'être qualifié ainsi, mais je ne dirais jamais cela de moi-même.
TOUR : Pourquoi tant de modestie ?
MEYER : Je suis du genre à faire preuve de modestie, plutôt une personne calme et très concentrée. L'organisation est très importante pour moi, tant au travail que dans le sport. Je vis donc au jour le jour et j'aborde mes tâches une par une.
TOUR : Pour atteindre et maintenir un tel niveau, ton volume d'entraînement doit être énorme. Comment concilies-tu cela avec ton quotidien professionnel ?
MEYER : Après avoir fait des études de gestion d'entreprise, j'ai décidé de suivre une formation complémentaire pour devenir comptable.
J'occupe ce poste à temps plein depuis des années. Je peux toujours accumuler des heures supplémentaires et les prendre sous forme de temps libre compensatoire. Sans cela, il serait tout simplement impossible, à ce niveau, de concilier un emploi à temps plein et le cyclisme. Je ne bénéficie toutefois d'aucun traitement de faveur de la part de mon employeur.
TOUR : Comment t'es-tu mis au cyclisme ?
MEYER : À l'origine, je viens de la danse et j'ai fait du ballet quand j'étais enfant. Puis, en 2001, j'ai rencontré mon mari Michael dans une discothèque étudiante à Cologne, et c'est grâce à sa passion pour le vélo que je me suis mise à faire du vélo moi-même. Mon premier vélo de course était celui de ma belle-mère – qui avait encore des vitesses sur le cadre.
TOUR : Mais de là à ta passion pour la compétition, il y a encore un long chemin. L'année dernière, tu as participé à 19 marathons cyclistes ou courses difficiles…
MEYER : Lors de sorties en groupe, je me suis vite rendu compte que j’étais bon en montée, puis j’ai participé au TOUR-Transalp en 2007 avec mon beau-père. À l’époque, c’était encore très différent d’aujourd’hui. Nous devions partir tout à l’arrière et nous dormions au campement. Pas question de récupération ! (rit). Au final, ils ont décroché la 68e place au classement mixte.
TOUR : Avais-tu déjà en ligne de mire à l'époque le marathon cycliste de l'Ötztal, que tu as depuis remporté à trois reprises ?
MEYER : Oui. Mais ma première participation à l'Ötzi n'a eu lieu qu'en 2011. À cette occasion, j'ai tout de même terminé neuvième au classement général féminin et cinquième dans ma catégorie d'âge.
TOUR : As-tu vécu un moment décisif qui t'a laissé entrevoir le niveau de performance dont tu serais encore capable ?
MEYER : Oui, ça a déjà eu lieu ! En 2013, l'Endura-Alpentraum s'est déroulé de Sonthofen à Sulden. Avec ses 268 kilomètres, cette course était non seulement plus longue, mais aussi plus difficile que l'Ötztaler, avec 6 000 mètres de dénivelé.
C'est là que j'ai fait ma percée, avec ma première grande victoire. Après cela, j'ai compris que j'étais doué pour les longues distances et que je pouvais peut-être espérer remporter d'autres succès de ce genre lors d'autres marathons cyclistes.
TOUR : Il n’est pas rare de pouvoir maintenir un niveau élevé malgré l’âge, grâce à l’expérience accumulée et à un entraînement régulier. Mais en battant les records du parcours de l’Ötztaler, de la Mallorca 312, du Glöcknerkönig et, plus récemment, de la Maratona dles Dolomites, tu ne cesses de gagner en vitesse. Comment est-ce possible à 48 ans ?
MEYER : Bien sûr, cela repose désormais sur une solide expérience. De plus, mon mari est aussi un coach très méticuleux. La gestion de l’entraînement, la nutrition et un vélo parfaitement adapté à mes besoins : je confie tout cela à Michael. Il dit que mon vélo pesait 5,5 kilogrammes lors de la dernière édition de l'Ötztaler. Je ne saurais pas dire, par exemple, avec quel rapport de transmission j'ai roulé. Tout doit être au point et c'est la somme de tous ces éléments qui fait que l'ensemble fonctionne.
TOUR : L'expérience est-elle donc la clé du succès ?
MEYER : Sans oublier l’alimentation de plus en plus perfectionnée pendant la compétition. Personnellement, j’ai beaucoup tiré profit, par le passé, du débat sur la quantité de glucides qu’un organisme peut absorber par heure. Cela a révolutionné le « ravitaillement » en course ces dernières années. J'ai la chance de pouvoir désormais absorber 120 grammes par heure, et ce sans aucun problème jusqu'à l'arrivée. Résultat : je ne me sens pas complètement vidé à l'arrivée de l'Ötztaler. C'est certainement un autre facteur clé de l'amélioration de mes performances ces dernières années.
TOUR : L'engouement pour l'Ötztaler, qui fêtera bientôt sa 45e édition, ne faiblit pas. Le mythe qui entoure cet événement est-il justifié ?
MEYER : Absolument ! Quand j’ai remporté ma première victoire là-bas en 2023, j’ai attiré beaucoup plus l’attention que lors de mes autres succès.
L'Ötztaler est et reste le championnat du monde officieux du marathon cycliste. Et puis : on roule sur des routes entièrement fermées à la circulation, ce qui n'est pas toujours évident !
TOUR : Tu as rendu publiques les données de performance de ton parcours record lors de l'Ötztaler 2025 : pendant plus de 7 h 22 min 32 s, tu as réussi à maintenir une « puissance normalisée » de 3,8 watts par kilogramme de poids corporel. Avec de telles performances, tu pourrais au moins te situer dans le milieu du classement du cyclisme professionnel international.
MEYER : Il faut relativiser cela, car le cyclisme professionnel exige une autre façon de courir que les marathons. Lors de l’Ötztaler, je peux très bien gérer ma puissance en watts dans les montées, ce qui n’est pas possible en cyclisme professionnel en raison des attaques soudaines. On ne peut vraiment pas comparer les deux, d’autant plus qu’une cycliste de marathon manque toujours de vivacité.
TOUR : Voyages, frais d'inscription, équipement et bien d'autres choses encore… À ce niveau, ce sport coûte cher. Es-tu soutenu par des sponsors ?
MEYER : J’ai quatre sponsors qui me soutiennent principalement sur le plan matériel. En ce qui concerne les frais d’inscription, j’ai souvent la chance, en tant que vainqueure de l’année précédente, de bénéficier d’une place gratuite. Mais nous prenons en charge nous-mêmes la majeure partie des frais. Je n’ai d’ailleurs jamais cherché activement à trouver d’autres sponsors.
TOUR : Pourquoi pas ?
MEYER : Je veux faire ce que je veux et, surtout, décider moi-même des courses auxquelles je participe.
TOUR : Ton palmarès compte 212 victoires. Après tous ces succès et ces performances record, qu'est-ce qui te motive encore ?
MEYER : J'adore l'ambiance qui règne lors des courses, c'est toujours comme une réunion de famille. J'aime simplement donner le meilleur de moi-même, puis j'attends avec impatience de voir ce que ça donne. Ça n'a pas forcément besoin d'être un record du parcours, je ne cours pas après les records.
Je suis toujours fasciné lorsque je parviens à maintenir un niveau de performance constant jusqu'à la fin de la course. J'apprécie beaucoup cet état.
Bien sûr, je ne rajeunis pas. C'est pourquoi je prends les courses les unes après les autres, et tant que je serai encore capable de réaliser ces performances, je continuerai.
TOUR : Outre les courses grand public et les marathons, la communauté du gravel connaît actuellement une croissance très rapide. Pourrais-tu t'imaginer participer à des courses de gravel ?
MEYER : Pas du tout. Avant, je faisais aussi du VTT, mais j’étais vraiment nul sur le plan technique. Des amis me disent à quel point les courses de gravel sont techniquement exigeantes. Ce n’est pas pour moi, je panique déjà quand ma roue arrière dérape sur les pavés de Split. (rit).
Équipe Cycle Basar (2011-2015), Équipe LeXXi (depuis 2016)
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