Le monde fou des avantages aérodynamiquesLes astuces aérodynamiques interdites dans le cyclisme professionnel

Kristian Bauer

 · 30.08.2026

Le monde fou des avantages aérodynamiques : les astuces aérodynamiques interdites dans le cyclisme professionnelPhoto : picture alliance / Roth / CV
Jan-Willem Van Schip
Dans le cyclisme professionnel, l'aérodynamique ne se résume plus depuis longtemps à des cadres profilés et à des roues hautes. Les coureuses, les coureurs, les équipes et les fabricants recherchent le moindre avantage possible au niveau du corps, des vêtements, du cockpit et du matériel. L’UCI tente de contrôler cette course effrénée aux économies de watts. TOUR revient sur les astuces aérodynamiques des professionnels.

Sujets dans cet article

Lors du Tour de France Femmes 2026, des informations concernant des soutiens-gorge de sport rembourrés ont fait sensation. L'idée derrière cela : une forme de poitrine modifiée pourrait lisser le flux d'air dans la position basse de contre-la-montre. L'UCI a réagi en renforçant les contrôles vestimentaires. Cette affaire illustre parfaitement une course à l'armement où la frontière entre optimisation astucieuse et déguisement interdit est sans cesse redéfinie.

Astuces aérodynamiques dans le cyclisme professionnel

À grande vitesse, la résistance à l'air est la principale source de résistance à l'avancement. Elle augmente fortement avec la vitesse et peut être influencée par la position du corps, les vêtements et les matériaux. TOUR mesure ces différences en soufflerie dans des conditions normalisées. Dans le Procédure de test TOUR pour les vélos de course aérodynamiques On utilise notamment un mannequin qui donne des coups de pied, des vitesses définies et différents angles d'incidence.

Ce qui peut faire la différence, c’est la position aérodynamique du coureur face au vent, la façon dont ses vêtements épousent son corps et le fait que le guidon, les leviers de frein et les avant-bras forment une surface d’attaque aussi réduite que possible. L’optimisation concerne l’ensemble du système coureur-vélo. Depuis des années, les équipes et les coureurs peaufinent leurs techniques et exploitent toutes les astuces aérodynamiques. Retour sur cette course effrénée dans les vasières :

Le corps et les vêtements en tant que surface aérodynamique

« Bra-Maxxing » au Tour de France Femmes

Le cas le plus récent et le plus insolite d'« astuces aérodynamiques » concerne la forme du haut du corps. Lors du Tour de France Femmes, des informations ont circulé selon lesquelles des coureuses auraient porté des soutiens-gorge de sport surdimensionnés dotés d'un rembourrage supplémentaire. L'objectif était de créer un revêtement artificiel au niveau de la poitrine, susceptible de lisser le flux d'air dans la position penchée du contre-la-montre.

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D'un point de vue de la mécanique des fluides, cette idée est tout à fait logique : une arête abrupte ou une forme inadaptée peut provoquer un décollement précoce du flux d'air. Un contour modifié pourrait permettre au flux de rester plus longtemps en contact avec la carrosserie. En compétition, un petit avantage suffit, à condition qu'il se maintienne de manière constante sur de nombreux kilomètres.

L'UCI a alors mis en place des contrôles supplémentaires portant sur les vêtements. La question centrale était de savoir si les vêtements modifiaient la forme naturelle du corps d'une manière allant au-delà des fonctions normales de protection ou de confort. Cette affaire montre à quel point il peut être difficile de contrôler objectivement une limite lorsque les vêtements ne servent pas seulement à protéger, mais sont également utilisés de manière ciblée comme éléments aérodynamiques.

Poches « Aero » et poches avant

Les poches des maillots ont également fait l'objet d'une optimisation. Les coureurs utilisaient des poches avant surdimensionnées ou placées de manière spécifique afin de dévier le flux d'air devant le haut du corps. Ce qui, au quotidien, ressemble à un espace de rangement supplémentaire peut, dans la position de course baissée, former un petit carénage.

L'UCI a rapidement interdit ces astuces aérodynamiques. Une poche doit remplir sa fonction pratique, mais ne doit pas devenir un profil aérodynamique personnalisable à volonté.

Poches à eau sous le maillot

Lors des contre-la-montre, il arrivait parfois que les coureurs portent des poches à eau sous leur maillot. Comme pour d’autres astuces aérodynamiques, il ne s’agissait pas uniquement d’assurer l’hydratation. Le volume supplémentaire sous les vêtements pouvait influencer l’aérodynamisme.

Du point de vue des équipes, cette solution était intéressante car elle ne nécessitait aucun accessoire visible. C'est précisément ce qui rendait les contrôles difficiles. L'UCI a finalement interdit son utilisation dès lors que la poche à eau n'était plus considérée uniquement comme un système d'hydratation, mais comme un élément de mise en forme.

Couvre-chaussures Remcos

Lors des Championnats du monde de contre-la-montre 2019, Remco Evenepoel a profité d'un écart entre les contrôles et la situation de course. Avant le départ, il s'est conformé aux règles concernant la hauteur des chaussettes en déroulant ses surchaussettes jusqu'à la longueur autorisée. Peu après le début de la course, il les a remontées.

L'astuce était simple, mais efficace : des surchaussures plus longues permettent de stabiliser le flux d'air au niveau du bas de la jambe et de la chaussure. Ce n'était pas tant le matériau qui comptait que le moment où le contrôle était effectué. Cet épisode a clairement montré qu'une règle ne fonctionne de manière fiable que si les conditions de son application sont elles aussi clairement définies.

La peinture pour le corps Castelli et sa surface texturée

Lors de la première étape du Tour de France 2017, l'équipe Sky a misé sur une combinaison de contre-la-montre signée Castelli. Cette combinaison, dite « Body-Paint », présentait une surface rainurée au niveau des bras. Cette structure était destinée à générer des tourbillons contrôlés et à influencer ainsi le flux d'air.

Ces surfaces sont bien connues dans le domaine de l'aérodynamique d'autres sports. De petites structures peuvent modifier l'écoulement sur une surface et retarder le passage à un décollement défavorable. En cyclisme, cet effet était particulièrement intéressant, car les bras, en position de contre-la-montre, constituent une grande partie de la surface exposée au flux d'air.

Il a fallu deux ans à l'UCI pour adapter son règlement. Les modifications apportées à la structure de la surface des tenues de course ont été restreintes, ce qui a rendu cette combinaison non conforme au règlement. Cet épisode illustre bien comment les avancées techniques peuvent exploiter les failles du règlement et comment les astuces aérodynamiques ne fonctionnent que pendant une courte période.

Astuces aérodynamiques : la course à l'avant le plus étroit

Leviers de frein inclinés vers l'intérieur

Une évolution particulièrement frappante a concerné les leviers de frein. Les cyclistes les tournaient fortement vers l'intérieur afin de réduire la largeur du profil avant. Cela permettait parfois aux avant-bras de reposer plus à plat sur le guidon. Sur un vélo de course classique, cela donnait ainsi une position qui rappelait les accoudoirs d'un vélo de contre-la-montre.

D'un point de vue aérodynamique, l'idée était évidente : moins de largeur signifie moins de surface exposée au flux d'air. Mais cela modifiait également le contrôle du vélo. Les leviers de frein ne se trouvaient plus là où l'on aurait pu s'y attendre d'un point de vue ergonomique et de sécurité. L'UCI a donc redéfini la position des leviers de frein afin d'empêcher cette astuce aérodynamique.

La position interdite de l'avant-bras

La position dite « des avant-bras » était encore plus directe. Les coureurs posaient leurs avant-bras au milieu du guidon de leur vélo de course afin d’imiter la posture compacte d’un coureur de contre-la-montre. Le haut du corps s’affaissait, la surface d’attaque diminuait.

Le problème concernait la sécurité de conduite. Dans cette position, l'accès aux freins et au guidon est limité. De plus, il est plus difficile de stabiliser le vélo en cas d'irrégularités de la chaussée ou de mouvements brusques. L'UCI a donc interdit cette position en dehors des contre-la-montre, où l'on utilise des supports fixes et des repose-bras bien définis.

L'UCI justifie expressément les modifications apportées au repose-avant-bras et aux dimensions du guidon par des raisons de sécurité – l'une des nombreuses astuces aérodynamiques interdites.

Les guidons ultra-étroits seront interdits à partir de 2026

Les guidons particulièrement étroits ont constitué une nouvelle étape vers la réduction de la surface frontale. Certains coureurs ont réduit la largeur à l'extrême afin de fendre l'air de la manière la plus étroite possible. Cependant, lors des sprints, dans les virages et au sein d'un peloton dense, un guidon trop étroit peut présenter des inconvénients en termes de contrôle et de stabilité.

Depuis le 1er janvier 2026, une largeur minimale de 400 millimètres, mesurée d'un bord extérieur à l'autre, s'applique donc aux courses sur route et de cyclo-cross avec départ en masse. De plus, l’UCI impose une largeur minimale entre les leviers de frein. Cette règle limite non seulement les positions aérodynamiques extrêmes, mais vise également à garantir que les coureuses et coureurs, quelle que soit leur taille, disposent d’un cockpit suffisamment maniable.

Astuces pour le vélo et l'équipement

Ruban isolant pour boîtiers de raccordement Di2 et câbles

Avant que les systèmes de changement de vitesse sans fil ne s'imposent, les câbles et les boîtiers de raccordement comptaient parmi les petites sources de perturbations sur les vélos de course. Les mécaniciens fixaient les boîtiers de raccordement Di2 et les câbles au cadre à l'aide de ruban isolant lisse. Ce ruban servait à lisser les arêtes et à empêcher les câbles de flotter librement dans le flux d’air.

L'effort requis était raisonnable, l'effet probablement minime. Dans le cyclisme professionnel, cependant, même un petit avantage compte s'il peut être obtenu sans alourdir le vélo et avec peu d'effort. Avec les groupes sans fil actuels, ce problème a largement disparu sur de nombreux vélos de course.

Le boîtier de pédalier Aero de Tadej Pogačar

Tadej Pogačar utilise un boîtier de pédalier sur mesure, connu sous le nom de « Bikone BSA Road Ceramic Aero UAE Bottom Bracket ». On remarque notamment que le côté opposé à l'entraînement est parfaitement lisse. Cela permettrait d'améliorer l'aérodynamisme de la zone autour du boîtier de pédalier.

L'avantage réside dans un détail qui passe facilement inaperçu dans les solutions de pédalier classiques. Dans le même temps, cette pièce illustre le dilemme inhérent à l'optimisation aérodynamique moderne : son montage est complexe et ne peut être effectué qu'à l'aide d'outils spéciaux. Ce qui permet de gagner quelques secondes en course s'avère nettement moins pratique pour l'entretien et la maintenance.

L'avantage aérodynamique derrière le véhicule d'accompagnement

La bulle d'air formée par les roues de secours

Les véhicules d'accompagnement ont eux aussi été pris en compte dans la recherche d'avantages aérodynamiques. Lors des contre-la-montre, les équipes empilaient de nombreux vélos de rechange sur les porte-bagages des véhicules. Des calculs de dynamique des fluides ont montré qu'un mur compact de vélos pouvait pousser une bulle d'air vers l'avant.

Le coureur situé devant le véhicule devait ainsi subir une résistance à l'air légèrement moindre. L'effet était minime, mais déterminant dans la course aux secondes. L'UCI a réagi en augmentant la distance réglementaire entre le véhicule de l'équipe et le coureur en contre-la-montre.

Ce cas montre que l'aérodynamique ne s'arrête pas au tube de selle. L'environnement immédiat d'un coureur peut également influencer l'écoulement de l'air. C'est précisément pour cette raison que le règlement de la compétition régit non seulement le vélo et la tenue, mais aussi le comportement des véhicules d'accompagnement.

Rouler dans le sillage : l'avantage classique

Le principal avantage aérodynamique reste le sillage derrière une moto ou un véhicule d'équipe. Après une chute ou une panne, il est souvent accepté qu'un pilote se rapproche ainsi du peloton. Cependant, si la distance devient trop faible ou si l'avantage est trop important, cela peut constituer une infraction au règlement.

En 2019, le Néerlandais Nils Eekhoff pensait avoir remporté le titre de champion du monde U23 sur route. Peu après, il a été disqualifié pour avoir profité de l'aspiration derrière le véhicule de l'équipe. Cette affaire a mis en évidence à quel point la frontière peut être ténue entre un retour en course autorisé et une aide interdite.

Jan-Willem van Schip, le passionné d'aérodynamique le plus tenace

Jan-Willem van Schip, cycliste professionnel néerlandais et champion du monde et d'Europe sur piste, s'est forgé une réputation particulière de « bricoleur aérodynamique » du peloton. Il teste les limites du règlement non seulement sur le plan théorique, mais aussi en course.

Par le passé, van Schip utilisait des guidons particulièrement étroits, ce qui lui a valu à plusieurs reprises d'attirer l'attention des commissaires. En 2026, ce coureur de 31 ans, qui court pour l'équipe d'Azerion/Villa Valkenburg, évoluant en troisième division, a été disqualifié à trois reprises.

Lors du Tour des Pays-Bas, il s'agissait d'une tige de selle inversée. Lors du Tour de Grèce, c'est sa position qui a été contestée. Lors de la Ronde de l'Oise, il a d'abord écopé d'une amende de 200 francs suisses, puis a été définitivement exclu de la course, cette fois officiellement pour avoir dissimulé une gourde sous son maillot.

Un point particulièrement controversé : dans tous les cas, un commissaire avait validé le vélo avant le départ, le jugeant conforme au règlement. Van Schip et l'UCI ne sont donc pas près de devenir amis. Son équipe a laissé entendre qu'une séparation était envisageable, car les discussions récurrentes avec les commissaires devenaient de plus en plus pesantes. Les fans comparent van Schip au pionnier de l'aérodynamisme Graeme Obree. D'autres voient en lui avant tout un coureur qui repousse les règles jusqu'à leurs limites.

Innovation ou déguisement illicite ?

L'histoire des astuces aérodynamiques dans le cyclisme professionnel suit un schéma récurrent. Dans un premier temps, une équipe découvre un moyen d'améliorer l'écoulement de l'air. Ensuite, cette solution est copiée, devenant de plus en plus visible et extrême. Enfin, l'UCI réagit en adoptant un règlement plus précis.

Toutes les solutions inhabituelles ne sont pas forcément déloyales. L'aérodynamisme fait partie intégrante du développement technique du cyclisme. Un boîtier de pédalier plus lisse, des vêtements de course bien ajustés ou un cadre aux formes optimisées peuvent constituer des avancées légitimes. Cela devient problématique lorsque les vêtements masquent délibérément le corps, que certaines positions nuisent au contrôle ou que les véhicules d'accompagnement créent un sillage supplémentaire.

La prochaine astuce aérodynamique ne viendra probablement pas d'une source évidente. Elle se cache peut-être dans la tenue, dans un composant discret ou dans l'environnement du coureur. Une chose est sûre : dès qu'elle apparaîtra en course, l'UCI y prêtera une attention toute particulière.

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Kristian Bauer was born in Munich and loves endurance sports - especially in the mountains. He is a fan of the Tour de France and favours solid racing bike technology. He conducts interviews for TOUR, reports on amateur cycling events and writes articles about the cycling industry and trends in road cycling.

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