Tout au fond, quelque part au sud-est, ce doit être Venise. Bon, la direction est bonne en tout cas. Mais s'arrêter, se protéger les yeux avec la main et regarder attentivement ? Aucune idée. À mille mètres au-dessus de la plaine du Pô et au milieu d'une rampe tueuse sur le versant sud du Grappa, on est simplement heureux quand la roue avant adhère au sol et tient la route. La route provinciale 141 est par endroits aussi étroite qu'une piste cyclable allemande. Nous venons de dépasser deux Italiens qui se traînent en montant sur des plaques de chaussures. S'arrêter maintenant et faire le malin, du genre "on voulait juste aller voir Venise" ? Certainement pas !
Le Monte Grappa en a vu passer plus d'un, mais peu d'entre eux l'ont fait aussi volontairement que les cyclistes d'aujourd'hui. Les nombreuses routes qui mènent au sommet sont en grande partie un héritage de la Première Guerre mondiale. D'un côté, les Italiens ont acheminé des dizaines de milliers de soldats vers le sommet, de l'autre, l'Autriche-Hongrie a fait de même. A cela s'ajoutaient les matériaux de construction, les canons, le ravitaillement. Encore et encore, pendant des mois. Puis les armées se sont bombardées en profondeur, ce qui a mis fin à des dizaines de milliers de jeunes vies. Le monument au sommet du Monte Grappa honore à lui seul 22.000 morts. Les voies de ravitaillement ont été conservées et sont aujourd'hui asphaltées. Des spécialistes du marketing ingénieux ont rassemblé les "10 plus 1 montées" du Monte Grappa dans une brochure. Elle encourage les cyclistes à les parcourir toutes en une seule saison, ce qui leur permet de recevoir une récompense. On y trouve également la "montée des héros", une variante dont la pente peut atteindre 26 pour cent. Près de cent ans après l'hécatombe organisée, la conquête du Monte Grappa est définitivement devenue un loisir - macabre, peut-être, mais sans aucun doute un progrès.
L'article complet sur les voyages et les données GPS de ces circuits sont disponibles en téléchargement ci-dessous :
- Tour 1 : Cent kilomètres à plat (101 kilomètres, 500 mètres de dénivelé, pente maximale de 5 %)
- Tour 2 : Les sept communes (82 kilomètres, 1 300 mètres de dénivelé, pente maximale de 11 %)
- Tour 3 : Le long dos (98 kilomètres, 2 100 mètres de dénivelé, pente maximale de 17 %)
- Tour 4 : Le Monte Grappa vu de l'est (82 kilomètres, 2 000 mètres de dénivelé, pente maximale de 16 %)