Tournée Lidl AllemagneUne expérience VIP lors d'une course cycliste

Thomas Musch

 · 24.08.2026

Un cadre exceptionnel : la deuxième étape du Lidl Deutschland Tour démarre à Schwäbisch Hall. Le perron de l'église Saint-Michel offre aux spectateurs une vue imprenable sur la course.
Photo : Thomas Musch
Pour les spectateurs, les courses cyclistes sont un événement fugace : elles défilent en quelques secondes au bord de la route et semblent inaccessiblement lointaines à la télévision. À moins, bien sûr, de réussir à décrocher une place dans une voiture du cortège du Lidl Deutschland Tour !

Sujets dans cet article

On n'a pas vraiment l'impression de s'amuser en ce moment, même si la route monte vers le Juxkopf. Même si « monter » semble presque être un euphémisme. Nous venons tout juste de traverser Spiegelberg sur une route sinueuse mais plate, quand soudain, la chaussée s’élance et grimpe vers le ciel plus abruptement que n’importe quel escalier menant au grenier d’une de ces maisons à colombages souabes que l’on croise sur notre parcours. Tout s’arrête d’un coup. Ou plutôt : les trois coureurs devant nous se lèvent de leur selle et gravissent à grand-peine cette rampe dont la pente atteint 15 %, ce qui oblige les cinq voitures derrière eux à s’arrêter brièvement. Je suis assis à l’arrière de la cinquième voiture et je dois me pencher en avant pour pouvoir voir quoi que ce soit à travers le pare-brise, que ce soit vers l’avant ou vers le haut. Tandis que les coureurs gravissent la côte mètre par mètre, les voitures redémarrent au pas : tout devant, le véhicule du directeur de course Fabian Wegmann, derrière lui les voitures d’équipe des trois échappés, puis le véhicule neutre chargé du matériel, et enfin nous. On ne peut pas vraiment être plus au cœur de la course ni plus près de l’action. À moins d’être soi-même en selle.

En visite au Lidl Deutschland Tour

C'est la deuxième étape du Lidl Deutschland Tour, qui relie Schwäbisch Hall à Offenbach an der Queich, et j'ai le privilège, à l'invitation du sponsor principal Lidl, de pouvoir participer en tant que VIP à bord d'une « In Race Car ». Et ce n’est pas tout. Je vais pouvoir passer toute la journée en tant qu’invité VIP au Deutschland-Tour.

Le cadre de la zone de départ à Schwäbisch Hall est époustouflant. Au pied du grand perron de l'église Saint-Michel se déploient l'arche de départ, la tribune réservée à la présentation des équipes et l'espace VIP. Bien avant le départ, le grand perron est déjà bien rempli de fans de cyclisme. Depuis les marches de cet escalier, où se jouent depuis plusieurs décennies des pièces de théâtre en plein air en été, ils ont une vue imprenable sur l'effervescence cycliste qui règne sur la place du marché.

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L'espace VIP ouvre à 10 heures. On m'accroche mon badge d'invité autour du cou et on me remet un bracelet qui me donne accès au buffet. Muni d'un café et d'un bretzel au beurre, je m'apprête à explorer les lieux lorsqu'un employé de D-Tour, reconnaissable à sa tenue blanche et bleue, vient à ma rencontre et se présente : Roman Jördens, ancien coureur cycliste, va piloter la « In Race Car », dans laquelle j'aurai le privilège de monter. Cet homme de 53 ans est un véritable expert du cyclisme, qui travaille depuis de nombreuses années à divers postes au sein d’équipes professionnelles, grandes et petites, pour la fédération allemande de cyclisme (German Cycling) et dans le secteur du vélo. Il m’indique où se trouve la voiture, m’explique le programme jusqu’au départ et me précise où nous nous retrouverons.

Public averti

Peu après, commence la présentation et l'inscription des 18 équipes du Lidl Deutschland Tour. Je commence par observer, depuis la barrière de sécurité, les coureurs monter sur scène à vélo en empruntant une rampe. Puis je découvre qu’un escalier en colimaçon permet d’accéder au toit du camion VIP vitré et que, de là, on peut pratiquement voir le compteur de vélo des coureurs sur la scène voisine. Le présentateur présente chaque coureur par son nom, le public applaudit chaleureusement et se montre très averti. Lorsque sont cités les noms des coureurs allemands tels que Nils Politt, John Degenkolb ou Georg Zimmermann, que les spectateurs connaissent bien grâce aux retransmissions télévisées du Tour de France, les acclamations redoublent d’intensité.

Peu avant midi, nous nous retrouvons près de la Skoda verte dans laquelle nous allons suivre la course. Roman Jördens allume la radio de Radio Tour. Des grésillements et des craquements prometteurs sortent du haut-parleur, avant qu’une voix ne salue les auditeurs, n’explique les détails de l’étape du jour et ne souhaite à tous une belle course. C’est parti. Nous roulons lentement sur les pavés de Schwäbisch Hall ; devant nous, les motos de l’escadron de police vrombissent et quittent la vieille ville en empruntant le pont Henkersbrücke, qui enjambe la Kocher.

La course commence

Bon. Et où sont donc les pilotes ? Ludwig Ziegelmeier, gagnant d'un tirage au sort et deuxième invité VIP dans la voiture, et moi-même tendons le cou. Mais pour l'instant, on ne voit rien dans le dédale de rues à la sortie de Schwäbisch Hall. La course est encore neutralisée, les pilotes et leur cortège s'organisent. Dix minutes plus tard, nous atteignons le « kilomètre 0 » ; Radio Tour annonce au micro : « Départ lancé à 12 h 17. » Roman Jördens explique : « Nous restons toujours avec notre voiture devant le peloton. Si un groupe d’échappés se forme et prend plus d’une minute d’avance, il nous arrive aussi de nous glisser entre le peloton et ce groupe. »

Peu après, ça y est. Trois coureurs des équipes allemandes Continental parviennent à s'échapper du peloton et creusent rapidement un écart de plus d'une minute. Il s’agit d’Ole Theiler (Von Rembe | Rad-Net), de Ben Jochum (Lotto Kern-Haus Outlet Montabaur) et de l’Espagnol Alvaro Sagrado (Storck-MRW Bau). Peu après, ils filent à toute allure devant notre voiture. Je suis fasciné par leur vitesse et par leur proximité. Depuis la vitre ouverte de la voiture, on pourrait les toucher en tendant le bras.

Une vue de très près sur les pilotes de course

Le petit convoi d'accompagnement des trois échappés se forme : la direction de course, trois véhicules d'équipe, le camion de matériel neutre, notre « In Race Car ». Roman Jördens manœuvre sans cesse la voiture de manière à ce que nous ayons une vue dégagée sur les trois coureurs. Tantôt par derrière, tantôt par devant. La coordination nécessaire pour cela s'avère étonnamment simple. Jördens se place légèrement en avant, à la hauteur de la voiture de la direction de course, dans laquelle Fabian Wegmann est assis à l'arrière gauche. Il est piloté par l'ancien professionnel français Sébastien Hinault, qui exerce également cette fonction au Tour de France pour l'organisateur ASO. Jördens jette un œil dans la voiture en direction de Wegmann et fait un geste de la main vers l'avant ; Wegmann hoche la tête et nous donne un coup de pouce imaginaire de la main – à condition que la route soit suffisamment large, dégagée et bien visible.

Alors que nous remontons lentement la côte du Juxkopf, derrière les trois échappés, de mauvaises nouvelles nous parviennent par la radio. L'écart avec le peloton se réduit. De près de deux minutes, il ne reste soudain plus qu'une minute et trente secondes, et les secondes continuent de s'écouler. Roman Jördens jette un regard un peu tendu dans le rétroviseur : « Si le peloton arrive maintenant, on va avoir un problème », dit-il. Le problème, c’est que la route devient de plus en plus étroite et se rétrécit jusqu’à devenir un chemin creux dont il n’y a pas d’issue. Les voitures encombrent la route et ne pourraient se déporter nulle part si les coureurs voulaient passer. Soudain, je ressens une désagréable pression dans l’estomac, même si je ne suis qu’un passager dans la voiture.

En descente, comme lors d'un rallye automobile

D'autres minutes interminables s'écoulent, pendant lesquelles les trois coureurs en tête se battent pour gravir cette pente à deux chiffres, tandis que les cinq voitures qui les suivent doivent s'arrêter sans cesse. Même après le passage au sommet, la route continue de monter. Retard : « Une minute dix », hurle la radio du Tour. Puis la route redescend et, quelques secondes plus tard, nous vivons un nouvel extrême. Les pilotes devant nous disparaissent à la vitesse de l’éclair dans la forêt, dévalant la route de campagne sinueuse en pente raide ; Roman Jördens appuie imperturbablement sur l’accélérateur et fait passer la Skoda d’un virage à l’autre comme une voiture de rallye, les pneus crissant. Je m'agrippe au dossier du siège avant devant moi et me coince entre la portière et l'accoudoir central pour ne pas être projeté à travers l'habitacle, et je suis sûr d'avoir brièvement lu un chiffre à trois chiffres sur le compteur. Ludwig Ziegelmeier se retourne vers moi et me dit d’un ton pince-sans-rire : « Il faut vraiment bien se tenir… »

Peu après, le calme revient. Du moins dans la voiture. L'écart entre les échappés et le peloton se stabilise à nouveau. Nous roulons bien en tête de la course jusqu’à ce que Roman Jördens repère un endroit propice pour s’arrêter. « C’est l’heure du pique-nique », dit-il en souriant. L’endroit est bien choisi : nous nous garons juste avant la fin d’une longue ligne droite en montée. De là, nous pouvons voir les coureurs approcher environ une minute et demie avant qu’ils ne passent devant nous. Dans le coffre, une boîte-repas généreusement garnie par notre sponsor Lidl attend chaque invité, avec une boisson, des sandwichs, des fruits et d’autres gourmandises qui nous permettraient sans peine de tenir bien plus qu’une seule journée. Il commence à pleuvoir.

Pause repas. Pour les invités…

Puis des gyrophares apparaissent au pied de la côte : c'est la voiture du directeur de course, précédée de trois coureurs qui roulent toujours à une vitesse folle. Alors qu’ils se rapprochent et filent à toute allure, je peux voir leurs visages échauffés et mouillés par la pluie, et je perçois l’effort que cela représente pour eux de conserver, depuis maintenant plus de deux heures, leur avance sur le peloton. Avec mon sandwich dans une main et ma bouteille d’eau dans l’autre, je me sens presque coupable et trouve, l’espace d’un instant, qu’il est déplacé de regarder les coureurs en étant si bien approvisionné. Mais je n’ai pas le temps de m’attarder sur ces réflexions : Roman Jördens crie : « Montez ! » Nous devons partir sans tarder, l’écart avec le peloton se réduit à nouveau.

À 35 kilomètres de l'arrivée, la tentative d'échappée d'Ole Theiler, Ben Jochum et Alvaro Sagrado prend fin : le peloton a rattrapé les trois coureurs. Le sprint massif attendu à l'arrivée à Offenbach-an-der-Queich se profile. Nous partons en avance pour arriver à temps et assister en direct à l’arrivée des coureurs. En chemin, je réfléchis un peu à la facilité avec laquelle, en tant que spectateur, on parle souvent d’une « étape facile » qui se terminera « de toute façon » par un sprint massif. Même depuis la voiture, si près du peloton, j’ai trouvé cette étape vraiment difficile, du moins les deux premiers tiers.

Offenbach est en effervescence

Aux côtés de milliers de spectateurs enthousiastes, j’assiste ensuite au sprint à Offenbach. Une fois de plus, je suis complètement époustouflé par la vitesse à laquelle on peut rouler en course. C’est un moment qui donne la chair de poule lorsque la horde des plus rapides franchit la ligne d’arrivée, accompagnée par les acclamations des supporters et le bruit des tambours sur les barrières de sécurité. Et le vainqueur, aussi surprenant que mérité, Alessio Magagnotti, de l’équipe U23 de Red Bull-Bora-hansgrohe, écrit une nouvelle page de son histoire à 19 ans en remportant sa première victoire professionnelle au sprint.

Quelle journée exceptionnelle et riche en émotions, avec une perspective unique sur une course cycliste ! Nous prenons congé de Roman Jördens, qui nous a accompagnés avec tant de savoir-faire et d’humour, et nous rentrons chez nous, la tête pleine d’images. Pendant le trajet, je réalise une fois de plus combien de spectateurs enthousiastes nous avons vus tout au long du parcours, qu’il pleuve ou non. Des jeunes, des personnes plus âgées, de nombreuses familles. J’ai vu à maintes reprises des enfants, les yeux brillants, qui avaient hâte de brandir leurs pancartes en carton qu’ils avaient peintes eux-mêmes et sur lesquelles figuraient des noms comme « Nils », « Dege » ou « Max ». Puis j’entends à la radio de la voiture les informations et les reportages sur les émeutes survenues lors du match de Coupe d’Allemagne de football entre Kaiserslautern et Mannheim, qui a lieu ce soir. Tout à coup, je suis encore plus enthousiasmé par l’ambiance joyeuse, familiale et tournée vers les sportifs qui règne lors de cette course cycliste. Et je me dis : aujourd’hui, j’ai sans aucun doute choisi le bon sport.


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Thomas Musch

Thomas Musch

Publisher

As a student of German and political science, the flawless amateur sportsman once decided to try his luck as a journalist. His passion for racing bikes led him straight to the TOUR editorial team as an intern, which has since become an affair of the heart that has lasted more than 30 years, 16 of them as editor-in-chief. As a - in his own words - "generalist in the cycling niche", he is interested in all topics relating to road bikes (and gravel bikes) and is still particularly enthusiastic about racing today. Highlights of his own career as a racing cyclist include taking part in the TOUR-Transalp, the odd everyman race and regular Alpine tours with friends.

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