Leon Weidner
· 15.06.2026
Alors que les « petits besoins » ont récemment fait beaucoup parler d'eux dans le peloton professionnel, les « gros besoins » restent un sujet tabou. Plus rare, plus gênant, mais cela vaut tout de même la peine de se poser la question : et si ? Car les rares cas documentés le montrent : quand le besoin se fait vraiment pressant dans le peloton, il n’y a pas de solutions propres, seulement des solutions pragmatiques. Et ce qu’il faut faire… eh bien, il faut le faire.
La scène la plus légendaire est bien sûr celle de Jan Ullrich. Le vainqueur du Tour s'est débrouillé sans hésiter avec sa casquette pendant une course, un accessoire improvisé qui reste aujourd'hui encore le symbole de l'intransigeance de ce sport. Même si de tels cas sont rarement rendus publics, une chose est claire : le corps ne connaît pas de situation de course. Et lorsqu’il se manifeste, il ne reste souvent plus de temps pour les convenances ou l’esthétique. Un coup d’œil au passé récent le montre également.
L'incident sans doute le plus marquant de l'ère moderne s'est produit lors du Giro d'Italia 2017, avec des conséquences sportives immédiates. Le leader du classement général, Tom Dumoulin, a été pris de violents problèmes gastriques lors d'une étape décisive. Il a réagi instinctivement : freinage d’urgence, sortie dans le fossé, maillot baissé, le plus vite possible. Mais contrairement aux pauses pipi habituelles, le peloton n’a pas attendu. Dumoulin a perdu plus de deux minutes à cause de cet arrêt involontaire et a ainsi perdu une grande partie de son avance au classement général.
Mathieu van der Poel a lui aussi démontré, lors des Championnats du monde 2023, que même les plus grandes stars ne sont pas à l'abri. Lors d'une interruption de course, le futur champion du monde a sans hésiter frappé à la porte d'une maison privée pour formuler une demande claire. Les habitants l'ont laissé entrer. Van der Poel a déclaré plus tard que sans ce couple, il n'aurait probablement jamais remporté le maillot arc-en-ciel.
Le cas de Nils Politt lors des Jeux olympiques de 2024 à Paris a été encore plus spectaculaire et a eu un retentissement médiatique bien plus important. En pleine course, des problèmes gastriques aigus l'ont contraint à s'arrêter. Mais contrairement à l'habitude, il n'y avait ni haie, ni ruelle tranquille. À la place, à perte de vue, se trouvaient uniquement des rangées de spectateurs serrés les uns contre les autres à Montmartre. Politt n'a eu d'autre choix que de se réfugier dans un café. C'est là qu'il a fait ses besoins, en plein milieu de la compétition olympique. Ses chances de médaille étaient alors compromises. La scène est toutefois devenue virale, montrant Politt sortant du café sous les acclamations des fans.
Revenons donc à l'UCI. Alors que la miction a été le sujet de conversation numéro un ces derniers jours et ces dernières semaines, la question se pose naturellement de savoir ce qu'il en est des « besoins naturels ». Il n'existe pas de règle claire à ce sujet, tout comme pour la miction. Les dispositions qui ont conduit à des sanctions pour miction devraient toutefois entraîner ici aussi des sanctions pour les professionnels s'ils devaient faire une telle pause.
Or, c'est justement ce cas extrême qui montre à quel point certaines règles de l'UCI semblent déconnectées de la réalité. Contrairement à la miction, il n'existe ici aucune solution « à la volée » qui soit à peu près acceptable. Quand on en a besoin, on doit s'arrêter. Point final.
La question de l'alimentation dans le peloton reste un sujet marginal, mais qui revient sans cesse sur le tapis. Elle montre à quel point le cyclisme évolue à la limite de ce qui est prévisible. Alimentation, hydratation, chaleur, stress et, souvent, plusieurs jours d'affilée en selle. Tout cela peut, en quelques secondes, créer une situation qui ne peut être ni entraînée ni contrôlée tactiquement.
Alors que l'UCI tente de contrôler l'image de ce sport, la réalité au sein du peloton nous rappelle régulièrement que, au bout du compte, ce sont toujours des êtres humains qui sont sur leurs vélos, avec tous leurs besoins tout à fait normaux. Il est donc temps que l'UCI se penche sur ces cas et donne l'exemple en matière de transparence et de soutien aux athlètes dans le domaine des sports d'endurance.
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