Lennard Kämna dans l'interview de TOUR"J'ai dû comprendre que le tempo était sorti de ma vie".

TOUR

 · 28.04.2025

Lennard Kämna
Photo : Matthis Paul Wätzel
En 2024, le cycliste professionnel allemand Lennard Kämna voulait s'attaquer au classement général du Giro d'Italia - mais après un accident de la route lors d'un entraînement de printemps à Ténériffe, qui a entraîné de graves blessures, sa saison s'est terminée avant d'avoir commencé. Après une année de convalescence, Kämna veut à nouveau courir pour des victoires - avec une nouvelle ambition et pour sa nouvelle équipe Lidl-Trek

Sujets dans cet article

Entretien : Stephan Klemm

Sur la personne : Lennard Kämna (Allemagne)

  • Née 9.9.1996 à Wedel
  • taille : 1,81 mètre
  • poids : 65 kilogrammes
  • Lieu de résidence : Brême
  • Professionnel depuis : 2015
  • équipes : LV Brandenburg (2013-2014), Team Stölting (2015), Stölting Service Group (2016), Team Sunweb (2017-2019), BORA - hansgrohe (2020-2023), Red Bull - BORA - hansgrohe (2024), Lidl - Trek (2025)
  • Des réalisations importantes : 2016 Champion d'Europe de cyclisme contre la montre des moins de 23 ans, 2017 Deuxième aux championnats du monde des moins de 23 ans, 2020 victoire d'étape Tour de France, Tour de France deuxième étape, victoire d'étape Critérium du Dauphiné, 2022 victoire d'étape Giro d'Italia, champion d'Allemagne du contre-la-montre, victoire d'étape Tour of the Alps, victoire d'étape Ruta del Sol, 2023 victoire d'étape Vuelta a España, Vuelta a España deuxième étape, victoire d'étape Tour of the Alps

Entretien avec Lennard Kämna

TOUR : Monsieur Kämna, vous avez commencé la saison de cette année fin mars lors du Tour de Catalogne, soit un an presque jour pour jour après Tirreno-Adriatico en mars 2024, votre dernière participation à une course cycliste. Un accident survenu à Ténériffe vous a dramatiquement fait perdre pied en avril 2024. Que pouvez-vous nous dire sur ce qui s'est passé ?

Lennard Kämna : Je me trouvais sur la voie de droite et sur la descente du mont Teide à Ténériffe. Sur ma droite, il y avait de temps en temps des places de parking pour les touristes qui veulent profiter de la vue. Un homme s'est dirigé vers l'un d'eux, il ne m'a pas vu et m'a heurté de plein fouet sur le côté. Je ne me suis pas évanoui par la suite, mais j'ai complètement oublié le déroulement de l'accident. En effet, dans les jours qui ont suivi l'accident, j'étais follement distraite. J'avais sans cesse oublié que j'étais à l'hôpital, j'oubliais aussi en permanence pourquoi j'y étais. Je suis resté cinq ou six jours complètement hors de moi.

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TOUR : Les oublis étaient une conséquence de l'accident, les autres étaient des fractures de côtes, un grave traumatisme thoracique, une contusion pulmonaire et un séjour aux soins intensifs. Combien de temps avez-vous été hospitalisé et comment avez-vous vécu cette période ?

Comment trouvez-vous cet article ?

Lennard Kämna : J'ai passé huit semaines à l'hôpital, dont quatre à Ténériffe et quatre à Hambourg. J'ai d'abord dû comprendre que le rythme de ma vie était désormais ralenti, que j'avais besoin de repos et que je devais veiller à me remettre correctement sur pied pour pouvoir mener une vie normale. Les pensées concernant le cyclisme ou une vie professionnelle étaient très éloignées pendant cette période. Je n'étais cependant pas mélancolique durant cette phase, ni triste, j'étais en fait d'humeur tout à fait normale. Ce qui m'a surtout aidé, c'est que mon amie Ria était à mes côtés à Ténériffe. Et la première semaine, ma mère aussi. Toutes deux m'ont soutenue, m'ont occupée et m'ont tenue en haleine. Nous sommes passées d'un petit programme à l'autre : Café et gâteau, promenade dans le couloir, sieste.

TOUR : Et ensuite, nous sommes allés à Hambourg. Quel était votre emploi du temps là-bas ?

Lennard Kämna : J'étais à l'hôpital des accidents du travail, où j'avais des rendez-vous fixes dans la journée pour ma rééducation physique. Cela allait de 9 heures à 15 ou 16 heures. Mon emploi du temps était toujours très chargé. C'était une bonne chose, car j'ai fait de supers progrès de cette manière. Pendant mon séjour à Hambourg, j'ai eu le sentiment d'avoir réussi, d'avoir surmonté mes blessures, d'aller à nouveau bien.

TOUR : Le retour au vélo était-il inévitable pour vous, après que la rééducation se soit si bien passée pour vous ?

Lennard Kämna : J'ai d'abord été heureux de constater que j'avais fait des progrès dans le rétablissement de ma santé générale. Je me suis dit : c'est super, je ne suis plus limité dans mes mouvements. L'idée de reprendre le sport ou, plus concrètement, de faire du vélo, est venue assez rapidement après. Je m'en réjouissais.

Lennard Kämna au Tour des Alpes 2025Photo : Getty Images/Tim de WaeleLennard Kämna au Tour des Alpes 2025

TOUR : Quand êtes-vous remonté sur votre vélo pour la première fois ?

Lennard Kämna : Mi-juin 2024, je me suis remis en selle. Mais ce n'est que fin octobre que j'ai pu m'entraîner à nouveau comme un professionnel. Ce n'est qu'à ce moment-là que j'ai été en mesure de mener la vie d'un sportif de haut niveau.

TOUR : Cet accident a été le troisième tournant de votre carrière. Auparavant, vous aviez fait une pause une fois pour des raisons de santé et une fois pour des raisons mentales. Jusqu'à présent, vous êtes à chaque fois revenue très forte. Cette expérience vous donne-t-elle confiance pour votre troisième retour ?

Lennard Kämna : J'ai alors très bien appris ce que je devais faire pour passer d'une faible condition physique à la performance d'un athlète professionnel. C'est à cette époque que j'ai appris à m'entraîner de manière structurée et intelligente.

TOUR : Comment avez-vous vécu les premiers kilomètres sur le vélo après votre accident ?

Lennard Kämna : Je me suis tout de suite sentie à nouveau en sécurité, même dans la circulation. J'étais certes sensibilisé, mais pas effrayé ou particulièrement réservé, j'étais sûr de moi dans la rue. Mais je n'étais pas encore redevenu à cent pour cent la personne que j'étais avant l'accident, loin de là. Il m'a fallu du temps pour que mon corps se sente suffisamment normal pour que je puisse m'asseoir sur mon vélo sans aucune douleur. Je n'ai retrouvé cette sensation de libération complète sur le vélo qu'en décembre ou janvier. Cela a vraiment pris un temps fou. La tête joue un rôle énorme dans ce processus. Je savais que tout devait être au point avant que je ne me sente à nouveau vraiment bien sur le vélo.

TOUR : Pendant la période de rééducation, avez-vous pensé que votre carrière pourrait s'arrêter à cause des conséquences de l'accident ?

Lennard Kämna : J'ai remarqué qu'au début, ma condition physique ne me permettait pas du tout de faire des mouvements exigeants. Au début, l'idée que je ne pourrais peut-être plus faire du cyclisme professionnel me trottait dans la tête. Mais j'étais toujours occupé par la rééducation, je n'avais pas le temps de développer des scénarios négatifs.

TOUR : Avez-vous voulu reprendre la course dans la deuxième moitié de l'année, quand il était clair que vous alliez faire un retour ?

Lennard Kämna : Le temps n'était pas venu, l'accident était encore dans mes os. J'aurais vraiment aimé pouvoir faire encore quelques courses avec mes anciens collègues. Cela aurait été une belle fin. Une fin comme celle-ci dans une équipe comme la mienne est toujours stupide, surtout quand on y est resté aussi longtemps que moi.

Lennard Kämna au Tour des Alpes 2025Photo : Getty Images/Tim de WaeleLennard Kämna au Tour des Alpes 2025

TOUR : Comment avez-vous vécu votre passage dans l'équipe de Ralph Denk ?

Lennard Kämna : Au début, j'ai eu les mains relativement libres en ce qui concerne la planification des courses. On m'a proposé un très bon programme de courses en 2020, lors de ma première année, et j'ai pu donner quelque chose en retour en remportant une étape du Tour à Villard-de-Lans en été 2020. En 2023, j'ai ensuite pu courir le Giro pour le classement général.

TOUR : D'après votre entourage de l'époque, vous n'avez pas pu suivre la préparation complète que suivent habituellement les coureurs du classement. Comment cela s'est-il traduit dans le Giro ?

Lennard Kämna : Je ne peux pas dire qu'il n'y a pas eu assez de travail de la part de l'équipe. La préparation était axée sur le Giro. Après le Tour, la réflexion a porté sur le sens de continuer à me promouvoir comme coureur de classement ou non. À la fin de l'année, nous avons beaucoup parlé et nous avons convenu que je participerais à nouveau au Giro 2024 au classement général. Je pense que j'aurais été un peu plus fort à cette occasion, car en 2023, je suis tombé malade la dernière semaine, ce qui m'a fait perdre quelques places. Mais l'accident est arrivé.

TOUR : Et Primož Roglič est aussi intervenu d'une certaine manière.

Lennard Kämna : Oui, l'engagement de Roglič a eu lieu en octobre 2023. Au départ, je voulais faire le Tour en 2024. Mais après l'engagement de Roglič, il était clair que l'équipe allait miser sur lui là-bas. De ce fait, mon plan de course a été un peu chamboulé. C'est pourquoi le Giro a été fixé comme mon grand objectif. Si tout s'était bien passé, j'aurais certainement été une option pour le Tour, en tant que chasseur d'étapes. Mais bon, tout cela est hypothétique.



TOUR : Pendant votre rééducation, avez-vous eu le soutien de votre équipe que vous souhaitiez ?

Lennard Kämna : Tout à fait. J'ai l'impression que les médecins de l'équipe ont toujours été à mes côtés. J'avais un lien direct avec deux médecins, avec lesquels j'ai parlé presque tous les jours au téléphone, ils étaient à mes côtés lorsque j'avais des questions ou que je cherchais des conseils. Une médecin de l'équipe est également venue deux fois chez moi pour se faire une idée sur place. En ce qui concerne les soins médicaux, je me suis sentie entre de bonnes mains et super encadrée.

TOUR : Est-ce que cela s'applique aussi à la tête de l'équipe ?

Lennard Kämna : Ralph Denk m'a appelé une fois à la clinique de Ténériffe, ainsi que Rolf Aldag et mon entraîneur Dan Lorang. Le contact a également été établi par mon entourage.

Changement d'équipe

TOUR : Finalement, vous avez quand même décidé de quitter l'équipe Red Bull-Bora-hansgrohe. Ralph Denk dit qu'il aurait aimé vous garder.

Lennard Kämna : Chacun a son point de vue sur les choses. Mais je ne veux pas en faire tout un plat. C'est bien comme ça et je suis très heureux de pouvoir rouler pour Lidl-Trek.

TOUR : Comment vous êtes-vous engagé avec votre nouvelle équipe ?

Lennard Kämna : Fin 2024, mon contrat avec Red Bull-Bora-hansgrohe expirait, j'ai donc commencé à chercher avant mon accident. C'était une chance énorme. Si je ne l'avais pas fait avant l'accident, cela aurait été difficile. Mais au final, j'ai eu le choix entre plusieurs équipes et j'ai opté pour Lidl-Trek.

TOUR : Qu'est-ce qui a plaidé en faveur de Lidl-Trek ?

Lennard Kämna : J'ai tout de suite senti qu'ils voulaient absolument m'engager et qu'ils avaient un très grand intérêt pour moi. J'en ai été très flatté. Ils mettent beaucoup de responsabilités entre les mains des coureurs. Chacun a sa propre liberté. J'ai tout de suite ressenti une grande dose de confiance, surtout après l'accident. Ils ont continué à croire en moi par la suite, c'est un super sentiment.

TOUR : Cette confiance que Lidl-Trek place en vous est-elle importante pour votre retour ?

Lennard Kämna : Absolument, oui. J'ai d'autant plus l'impression de revenir ici, avec des performances fortes. Je mets en tout cas cent pour cent d'ambition dans ce projet. Mais c'est aussi la base de tout, tu dois y mettre une grande volonté si tu veux, comme moi, gagner à nouveau des courses cyclistes. Pour moi, c'est comme ça : si je peux montrer mes cent pour cent à l'entraînement, alors je ferai aussi de bonnes performances en course.

Lennard KämnaPhoto : Matthis Paul WätzelLennard Kämna

Tour de France 2025

TOUR : Le Tour de France est votre grand objectif cette saison. En tant que chasseur d'étapes ?

Lennard Kämna : Quand je prends le départ, je veux être au top de ma forme, pas seulement pour le Tour, mais pour toutes les courses. Si je ne l'ai pas, je ne me sens pas à ma place. Mais en principe, il a été convenu avec l'équipe que je devais d'abord revenir avec une forme adéquate pour être apte à la compétition et réussir à faire partie d'une échappée, c'est l'objectif prioritaire. Je n'ai pas de pression. Mais je veux absolument participer au Tour. Je fais partie de l'équipe élargie, mais cela ne veut pas dire que je suis tête de série. Mais si j'arrive au Tour, je ne viserai pas le classement général cette année, mais j'essaierai de remporter une étape. Ce serait le scénario rêvé. Quand j'ai gagné l'étape du Tour à Villard-de-Lans en 2020, c'était énorme pour moi. Le summum pour un type de coureur comme moi.

TOUR : Vous ne vous considérez plus comme un coureur de classement sur le Tour ?

Lennard Kämna : Pas pour le moment. Je dois d'abord retrouver les sensations classiques de la course et partir à la chasse aux étapes. Ensuite, je verrai pas à pas ce qui est possible.

TOUR : Vous avez un instinct particulier pour la course. Peut-on l'apprendre ?

Lennard Kämna : Je possède effectivement un instinct de course particulier, c'est vrai, mais je ne sais pas si j'ai appris à le développer. Cela s'est développé, car j'ai remarqué dès l'âge de dix ans que je n'étais pas doué pour le sprint. C'est pourquoi, depuis tout petit, j'ai toujours essayé de distancer les autres dans les courses auxquelles je participe. C'est ainsi que mon style de conduite s'est développé. Votre capacité à sprinter s'est-elle améliorée entre-temps ? Pour un grimpeur, je peux sprinter correctement, mais je ne suis toujours pas très bon dans cette discipline.

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