Leon Weidner
· 09.07.2026
Avec la 6e étape, qui relie Pau à Gavarnie-Gèdre, commence le Tour de France 2026 la première véritable épreuve en montagne. Alors que les favoris se disputent le maillot jaune à la seconde et à la minute près, les sprinteurs poursuivent, ces jours-là, un objectif tout à fait différent : s'en sortir tant bien que mal. La victoire d'étape n'a plus aucune importance pour eux. Au contraire, dès la première longue ascension, la lutte pour la survie commence – dans le fameux « gruppetto ».
Le « gruppetto » est un groupe de coureurs qui se trouve à étapes de montagne difficiles se laisse délibérément distancer par le peloton. On y trouve généralement les sprinteurs, mais aussi quelques spécialistes des classiques ou des coéquipiers qui ne peuvent pas suivre le rythme des meilleurs grimpeurs dans les montagnes.
Dès que le rythme s'accélère dans le peloton lors des longues ascensions, de nombreux sprinteurs savent qu'il est inutile de se battre pour rester dans le groupe. Plutôt que de s'épuiser et de risquer de se retrouver isolés, ils se regroupent, roulent à leur propre rythme et tentent d'atteindre ensemble la ligne d'arrivée.
Le principe du « gruppetto » est simple : ce qu'un coureur ne parviendrait guère à faire seul est nettement plus facile à réaliser en groupe. Les coureurs s'entraident, se relaient en tête sur les portions de plat et surveillent en permanence les écarts par rapport à la tête de course. En effet, chaque étape du Tour comporte un délai de carence. Quiconque dépasse cette limite est exclu de la course.
C'est pourquoi, notamment lors des étapes de montagne difficiles, on assiste souvent à une curieuse « course dans la course ». Tandis qu'à l'avant, Pogačar, Vingegaard et les autres coureurs du classement général attaquent, à l'arrière, les sprinteurs font sans cesse leurs calculs. Quel est leur retard ? À quelle vitesse roule la tête de course ? Le rythme actuel est-il suffisant pour arriver à temps à l'arrivée ? Il n'est donc pas rare que le gruppetto soit nettement mieux organisé que ne le supposeraient de nombreux spectateurs.
Pour un sprinteur, le Tour de France n'est pas une bataille de trois semaines pour le classement général. Ses chances résident dans les étapes de plaine. C'est là qu'il peut se battre pour les victoires d'étape et le maillot vert. Mais pour pouvoir saisir ces opportunités, il doit toutefois venir à bout des étapes de montagne jusqu'à la dernière étape.
Un sprinteur qui repousse ses limites lors d'une étape de montagne risque de perdre un précieux capital d'énergie pour les jours suivants. C'est pourquoi la plupart d'entre eux roulent de la manière la plus économe possible. L'objectif n'est pas de tenir le rythme des favoris, mais d'atteindre la ligne d'arrivée dans les temps impartis en dépensant le moins d'énergie possible. Le « gruppetto » est alors leur bouée de sauvetage. Au sein de ce groupe, les coureurs peuvent économiser leurs forces et s'entraider. Sur le plan mental également, il ne faut pas sous-estimer l'importance d'une telle communauté de souffrance.
Il est intéressant de noter que, même au sein du « gruppetto », ce sont souvent les meilleurs grimpeurs parmi les sprinteurs qui donnent le rythme. Les professionnels expérimentés savent exactement quelle allure adopter pour respecter le délai de carence sans gaspiller inutilement leur énergie.
Lors des journées particulièrement difficiles, on conclut même de petits accords. Personne n’a intérêt à éliminer un concurrent de la course. Après tout, sur les étapes de plat, ce sont les mêmes coureurs qui s’affrontent pour la victoire. L’ambiance est donc souvent marquée par la solidarité. Cela ne signifie toutefois pas que la course se déroule dans une atmosphère détendue. Les souffrances sont les mêmes que celles des favoris en tête. Seule la vitesse diffère.
Les étapes difficiles en montagne illustrent particulièrement bien à quel point le Tour de France peut être varié. Alors que les caméras sont braquées sur les favoris en lice pour le maillot jaune, un drame tout aussi fascinant se joue loin derrière eux. Là, les sprinteurs ne se battent pas pour la gloire ou la victoire du jour, mais simplement pour rester dans la course. Kilomètre après kilomètre, ils se torturent pour gravir les cols, en gardant toujours un œil sur le chronomètre et le temps de grâce.
Car pour eux, une règle simple s'applique ces jours-là : celui qui se fait distancer par le gruppetto perd souvent aussi le Tour. Et celui qui franchit la ligne d’arrivée avec le gruppetto peut encore espérer une prochaine occasion de sprint. C’est précisément pour cette raison que le gruppetto est depuis des décennies un élément incontournable du Tour de France – et souvent tout aussi important pour les sprinteurs qu’une victoire d’étape.

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