A propos de la surprenante victoire aux championnats du mondeInterview de Magdeleine Vallières

TOUR

 · 16.01.2026

A propos de la surprenante victoire aux championnats du monde : interview de Magdeleine VallièresPhoto : Getty Images
Elle a le sourire : Magdeleine Vallières a remporté une victoire surprise lors de la course des championnats du monde féminins au Rwanda.
Lors des championnats du monde de cyclisme sur route au Rwanda, Magdeleine Vallières a fait sensation avec une victoire aussi convaincante que surprenante. Nous avons parlé avec la Canadienne de son succès et de ses objectifs pour les prochains championnats du monde à domicile.

Sujets dans cet article

Entretien : Stephan Klemm

TOUR : Après votre coup d'éclat aux Championnats du monde au Rwanda fin septembre, la stupeur régnait dans votre box canadien. Ils semblaient eux aussi complètement abasourdis par le fait que vous ayez franchi la ligne d'arrivée en premier. Avez-vous compris depuis que vous êtes championne du monde ?

Magdeleine Vallières : Pour être honnête, je suis encore sous le choc. J'ai réussi quelque chose de vraiment spécial. J'ai vraiment réalisé que j'étais championne du monde pour la première fois lors des deux courses que j'ai faites après les championnats. En effet, j'ai porté le maillot arc-en-ciel au Giro dell'Emilia et au Tre Valle Varesine. J'ai alors compris que j'étais désormais championne du monde et que je serais considérée comme telle par mes collègues.

Auriez-vous cru vous-même pouvoir vous imposer sur le parcours extrêmement difficile du Rwanda ?

Magdeleine Vallières : Je ne pense pas. Cependant, je savais que j'étais dans la forme de ma vie. Je sentais que si je prenais des risques en course, cela pourrait s'avérer payant. Mais mon objectif était de me classer dans le top 10. La victoire était pour moi une illusion lointaine. Je suis surtout reconnaissante envers mes coéquipières. Elles ont été très attentives et m'ont lâchée dans le bon groupe.

Articles les plus lus

1

2

3

Magdeleine Vallières est accueillie par sa coéquipière de l'équipe nationale Alison Jackson en tant que nouvelle championne du monde après la course à Kigali.Photo : Getty ImagesMagdeleine Vallières est accueillie par sa coéquipière de l'équipe nationale Alison Jackson en tant que nouvelle championne du monde après la course à Kigali.

Comment vous êtes-vous comporté dans ce groupe ?

Comment trouvez-vous cet article ?

Magdeleine Vallières : Je suis d'abord resté patient et j'ai économisé autant d'énergie que nécessaire dans la première moitié de la course. A trois tours de la fin, j'ai commencé à observer plus attentivement qui préparait des attaques. Finalement, le groupe décisif de dix coureuses s'est formé et j'ai réussi à y entrer. Mais à un moment donné, toutes les échappées n'ont plus collaboré. Je les ai encouragées à continuer, car je sentais que nous avions une chance. L'arrivée approchait, la décision était proche - et c'est là que j'ai vraiment tout donné, si bien qu'après une accélération de ma part, nous n'étions plus que trois, Niamh Fisher-Black, Mavi Garcia et moi. J'ai réussi à les laisser sur place dans la montée finale. J'avais dans l'oreille une phrase de mon entraîneur : "Conduis de manière à ne pas avoir de regrets après".

Comment avez-vous perçu les compétitions pour le titre au Rwanda ?

Magdeleine Vallières : J'ai été bouleversé par l'accueil qui nous a été réservé au Rwanda. Et pendant la course, il y avait une atmosphère extraordinaire avec un nombre incroyable de spectateurs, dont beaucoup dansaient de plaisir au son de la musique forte au bord de la route. En fait, ils ont dansé tout au long de la course. C'était phénoménal.



Jalon du cyclisme canadien

Après votre succès, le journal québécois "La Presse" a écrit que vous aviez réussi l'une des plus grandes surprises du sport québécois de tous les temps et de toutes les disciplines. Est-ce que vous êtes d'accord ?

Magdeleine Vallières : C'est la première fois qu'une Canadienne conquiert un titre de championne du monde. Un Canadien n'y était pas encore parvenu. En ce sens, ma victoire aux championnats du monde constitue effectivement une étape importante dans l'histoire du cyclisme canadien. L'appréciation du journal est donc correcte.

Inhabituel : Au Giro dell'Emilia Internazionale, Magdeleine Vallières se présente pour la première fois avec le maillot arc-en-ciel de championne du monde.Photo : Getty ImagesInhabituel : Au Giro dell'Emilia Internazionale, Magdeleine Vallières se présente pour la première fois avec le maillot arc-en-ciel de championne du monde.

Peu après les championnats du monde, vous avez terminé le Giro dell'Emilia et la course Tre Valle Varesine à la septième et à la dixième place, ce qui constitue des classements de premier plan. Avez-vous senti pendant ces courses que vous aviez tout à coup un autre statut dans le peloton ?

Magdeleine Vallières : Tout à fait. Cela commence par la présentation sur la scène des inscriptions et se poursuit pendant la course - j'ai l'impression que tous les regards sont tournés vers moi. Je suis aussi l'une des coureuses les plus visibles avec mon maillot arc-en-ciel. C'était déjà un saut et difficile à comprendre pour moi, car dans mon équipe EF Education-Oatly, je suis habituellement une aide, surtout pour la Française Cédrine Kerbaol. Mais après les championnats du monde, lors des départs en Italie, j'ai senti que mon rôle dans l'équipe et dans les courses avait changé. Mes classements en témoignent. Je suis très impatiente de voir la suite de ma carrière.

Comment votre carrière a-t-elle commencé ?

Magdeleine Vallières : J'ai commencé à faire du vélo grâce à mon père. J'avais neuf ans lorsque nous avons entrepris une randonnée à vélo dont la destination était à 1 000 kilomètres. Je n'avais que de petits bagages, mon père avait chargé le reste sur son vélo et nous sommes partis. C'était incroyable, et ça m'a fait vibrer. Depuis, je me suis passionné pour le vélo. J'ai commencé par faire du VTT, puis des courses de cyclo-cross, un peu de BMX, et finalement je suis passée à la route en tant que cycliste. C'était à la fin de mes études secondaires. Avant de rejoindre mon équipe actuelle, j'ai également couru de 2020 à 2021 pour l'équipe WCC du World Cycling Centre, basée à Aigle, en Suisse, dans les bâtiments de l'Union cycliste internationale (UCI).

Le cyclisme est-il une discipline populaire au Canada ?

Magdeleine Vallières : Pas vraiment. Mais le nombre de personnes qui s'y intéressent ne cesse d'augmenter. Le cyclisme est un sport mineur au Canada, sans commune mesure avec l'importance qu'il revêt en Europe. De plus, il est très difficile de pratiquer ce sport toute l'année au Canada, car les hivers sont toujours aussi rudes et enneigés. J'espère néanmoins vivement que ma victoire aux championnats du monde encouragera davantage de personnes au Canada à croire en elles, à sentir ce qui est possible dans ce pays aussi en ce qui concerne le cyclisme. Je vis moi-même en Europe depuis six ans déjà. L'une de mes bases ici est Andorre. Toutes mes amies sont ici, nous avons un groupe d'entraînement formidable. Je ne serai probablement pas de retour au Canada avant juin prochain pour les championnats nationaux.

Magdeleine Vallières sous le maillot de son équipe EF Education-Oatly dans une échappée lors de la 8ème étape du Tour de France Femmes 2025Photo : Getty ImagesMagdeleine Vallières sous le maillot de son équipe EF Education-Oatly dans une échappée lors de la 8ème étape du Tour de France Femmes 2025

L'année prochaine, fin septembre, le Canada sera pendant une semaine au centre de l'attention du monde du cyclisme. L'Union cycliste internationale (UCI) a attribué les championnats du monde à Montréal, où ils ont eu lieu pour la dernière fois en 1974. Qu'attendez-vous de ces championnats ?

Magdeleine Vallières : Je suis originaire de Sherbrooke, qui se trouve au sud du Québec et à seulement deux heures de route de Montréal. Pour moi, c'est donc un championnat du monde à domicile à double titre. J'espère que ces championnats du monde donneront une impulsion au cyclisme au Canada. Je me ferai l'ambassadrice de ces championnats du monde. Je pars du principe qu'il s'agira d'une grande fête du cyclisme avec de nombreux spectateurs. Pour les jeunes sportifs canadiens, les championnats du monde seront une chose énorme, ils pourront observer et étudier de près comment fonctionne le cyclisme professionnel. Montréal est en tout cas très bien préparée et parfaitement en mesure d'accueillir ces championnats du monde. De plus, le paysage sera magnifique, car l'été indien commence pendant les championnats du monde.

A côté de vous, votre compatriote Isabella Holmgren s'est récemment hissée parmi l'élite mondiale. Elle a remporté le Tour de l'Avenir. Que peut-on attendre d'elle ?

Magdeleine Vallières : Elle fait partie des meilleures du monde, c'est très agréable à voir et cela m'encourage aussi. C'est une grande grimpeuse.

Une étroite collaboration avec des nutritionnistes

Isabelle Holmgren a l'air très mince. Il y a eu un débat à ce sujet autour de la gagnante du Tour Pauline Ferrand-Prévot, qui a visiblement réduit son poids pour son départ du Tour. Cette mesure est-elle nécessaire pour pouvoir rivaliser ?

Magdeleine Vallières : Le poids joue déjà un rôle. Je travaille en étroite collaboration avec les nutritionnistes de mon équipe. Je pense que cela me permet d'avoir une alimentation saine et un poids sain. C'est aussi de cette manière qu'il est possible de réaliser des performances de haut niveau, et c'est aussi ce que je représente en remportant les championnats du monde.

Objectifs de la saison 2026

Vous avez terminé le Tour de France de l'été 2025 à la 18e place du classement général. Pourrez-vous y courir pour vous en 2026, en tant que capitaine de votre équipe ?

Magdeleine Vallières : Tout d'abord, je suis presque sûr que si je ne suis pas blessé, je serai présent sur le Tour. Notre équipe s'y rendra avec de grandes ambitions. Le Tour est aussi la plus grande course cycliste de la saison pour nous les femmes. Je n'ai cependant pas encore eu de rôle de leader dans un tour. J'ai encore beaucoup de travail à faire pour pouvoir endosser un tel rôle. En 2025, j'ai été engagée comme assistante de Cédrine Kerbaol. Je n'ai jamais couru pour moi-même, donc ma 18ème place au classement général n'est pas un résultat pertinent.

Quels sont les objectifs fondamentaux que vous vous êtes fixés pour l'avenir ?

Magdeleine Vallières : Mes courses préférées sont les classiques ardennaises au printemps. Elles sont aussi mon objectif prioritaire pour 2026. J'ai déjà terminé 14ème de la Flèche Wallonne en avril 2024. Mon rêve est de remporter un jour une ou plusieurs de ces courses. Si je parviens à y performer, je me fixerai certainement un grand tour comme objectif.

A propos de Magdeleine Vallières

Magdeleine Vallières, née le 10 août 2001 à Sherbrooke, au Canada, qui se trouve dans la province de Québec, est professionnelle depuis 2022 et court depuis lors pour l'équipe qui s'appelle actuellement Education-Oatly. En 2019, elle a remporté le titre de championne canadienne junior sur route et en contre-la-montre individuel. En janvier 2024, elle a remporté le Trofeo Palma Femina et en septembre 2025, le titre de championne du monde sur route.

Les plus lus dans la rubrique Professionnel - Cyclisme