Interview Pauline Ferrand-Prévot"Je suis très heureuse".

Andreas Kublik

 · 07.02.2025

Joli souvenir : Pauline Ferrand-Prévot lors de sa dernière activité en tant que vététiste. Après son selfie de championne olympique, elle est revenue au cyclisme sur route.
Photo : dpa/pa; Stéphane Geufroi
La championne olympique française de VTT Pauline Ferrand-Prévot avait presque tourné le dos au cyclisme, mais elle fait aujourd'hui son retour sur la route, très motivée. Au sein de l'équipe Visma | Lease a Bike, elle veut remporter le Tour de France Femmes aux côtés de Marianne Vos. La jeune femme de 32 ans nous parle des raisons de son retour, de ce qui a changé dans le cyclisme sur route pendant ses six ans d'absence, de la manière dont elle partage le métier de cycliste avec son partenaire Dylan van Baarle et de la question de savoir si, après elle, il y aura à nouveau une triple championne du monde sur route, en VTT et en vélo de cross.

TOUR : Pauline, vous revenez au cyclisme sur route au niveau mondial après de nombreuses années passées à pratiquer le VTT. Pourquoi était-ce le bon moment pour changer à nouveau de discipline ?

Pauline Ferrand-Prévot : L'hiver précédant les Jeux olympiques (2023/2024 ; ndlr), je me suis demandé ce que j'aimerais faire après les Jeux. Il était tout simplement important pour moi de savoir à l'avance ce que je ferais après. Je ne voyais pas d'avenir pour moi en VTT, quel que soit le résultat à Paris. Je ne voulais plus courir les mêmes courses ni voir les mêmes personnes. J'avais besoin de changement. D'un autre côté, je n'en avais pas fini avec le cyclisme. Je me suis dit que le mieux pour moi était de retourner sur la route pour quelques années encore.

Je veux essayer de gagner le Tour de France dans les trois prochaines années. - Pauline Ferrand-Prévot

TOUR : Quel rôle a joué la décision de créer le Tour de France Femmes ?

Pauline Ferrand-Prévot : De toute façon, je serais retourné sur la route. Mais le Tour de France a rendu tout cela plus tangible pour moi. Je suis quelqu'un qui a besoin d'un objectif. J'ai signé un contrat de trois ans avec Visma | Lease a Bike. Pendant ces trois ans, je veux vraiment donner le meilleur de moi-même et essayer de gagner le Tour de France.

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TOUR : Qu'est-ce qui vous rend si confiant dans le fait que vous avez ou pouvez atteindre le niveau nécessaire ?

Comment trouvez-vous cet article ?

Pauline Ferrand-Prévot : Premièrement, parce que j'ai choisi une bonne équipe, Visma | Lease a Bike. Je sais que je dois travailler dur et que j'ai des concurrentes fortes. Mais quand je regarde mes performances et tout ce qui se passe autour, je sais que je suis aussi capable d'être une coureuse sur route de niveau mondial. Il ne s'agit pas non plus de gagner des courses. Je ne peux pas contrôler si les autres sont meilleurs que moi. Je veux simplement être la meilleure version de moi-même. Cela signifie certainement beaucoup de travail - physique, mental, en termes de tactique d'équipe et d'aérodynamisme.

TOUR : Quels sont concrètement vos objectifs pour la saison à venir - s'agit-il uniquement du Tour ?

Pauline Ferrand-Prévot : L'objectif pour l'année prochaine est d'apprendre le plus possible. Je me considère comme un leader pour le Tour de France, je veux y prendre le départ avec la meilleure forme possible. Sur le chemin du Tour, tous les départs seront plus ou moins des courses d'entraînement. Mais il ne s'agit pas de résultats. De plus, je veux aider mes coéquipières dans certaines courses. Elles doivent me faire confiance pour que nous puissions former une équipe solide.

TOUR : Vous devriez disputer Milan-San Remo le 22 mars, qui devrait revenir après une longue pause.

Pauline Ferrand-Prévot : Je suis heureux que cette course existe maintenant. J'habite à environ 35 kilomètres de San Remo, dans le sud de la France, près de Monaco. J'ai déjà pas mal roulé à Poggio et Cipressa à l'entraînement.

TOUR : Milan-San Remo est devenu chez les hommes une sorte de course de descente du Poggio. Cette perspective vous plaît-elle - ou vous effraie-t-elle ?

Pauline Ferrand-Prévot : J'adore ça. Grâce à mon expérience en VTT, je n'ai pas peur. Ce serait certainement un bon test pour moi si je pouvais essayer quelque chose en descente.

TOUR : En parlant d'expérience en VTT, quel sera le rôle du cyclocross et du VTT à l'avenir ?

Pauline Ferrand-Prévot : Je ne ferai pas de cyclo-cross ni de VTT. Je vais me concentrer à cent pour cent sur la route.

TOUR : Revenons sur la première partie de votre carrière de cycliste sur route : vous avez connu beaucoup de succès au sein de l'équipe Rabobank, prédécesseur de Visma | Lease a Bike. Quelles étaient les raisons pour lesquelles vous n'avez pratiquement pas couru pendant votre contrat avec l'équipe allemande CANYON//SRAM, puis vous avez quitté le cyclisme sur route ?

Pauline Ferrand-Prévot : A l'origine, je viens du cyclisme sur route. J'ai ensuite couru pour Rabobank. J'ai adoré cette équipe, j'ai pu apprendre des meilleures comme Marianne Vos et Annemiek van Vleuten. Ce furent les cinq meilleures années de ma carrière.

TOUR : Vous étiez extrêmement performante - championne du monde sur route, en cyclo-cross et en VTT. Qu'est-ce qui s'est passé tout à coup ?

Pauline Ferrand-Prévot : Quand Rabobank a fermé, je suis passé chez CANYON//SRAM. Mais je n'aimais pas l'équipe. Je n'étais pas moi-même. C'est l'une des raisons pour lesquelles j'ai quitté le cyclisme sur route - je n'étais tout simplement pas heureux dans cet environnement. C'est à ce moment-là que j'ai décidé de me consacrer entièrement au VTT - notamment parce que je me suis rendu compte qu'il était difficile de pratiquer les deux disciplines en même temps. Je voulais aussi saisir l'occasion de réaliser le rêve de ma vie, à savoir devenir champion olympique.

Heureuse et victorieuse : il y a onze ans, la Française a remporté les championnats du monde à Ponferrada, juste devant l'Allemande Lisa Brennauer.Photo : dpa/pa; RothHeureuse et victorieuse : il y a onze ans, la Française a remporté les championnats du monde à Ponferrada, juste devant l'Allemande Lisa Brennauer.

TOUR : Vous portez un tatouage dans la nuque avec le texte : Life is a joke. Quel est le contexte de ce tatouage ?

Pauline Ferrand-Prévot : Chez CANYON//SRAM, j'ai eu des problèmes de douleurs dans la jambe gauche. Ils ont presque tout fait pour en trouver la cause. Mais à un moment donné, ils m'ont dit : "Pauline, le problème est dans ta tête ! Plus tard, il s'est avéré que c'était un problème d'artère pelvienne. J'ai alors été opérée en 2019 et à nouveau en 2020. C'est alors que j'ai décidé de faire ce tatouage : La vie est une plaisanterie. Il ne faut pas prendre les choses trop au sérieux. Il faut alors simplement laisser passer l'orage. Le soleil brillera à nouveau !

TOUR : Avez-vous pris beaucoup de choses trop au sérieux auparavant ?

Pauline Ferrand-Prévot : Oui, bien sûr. J'ai acquis plus d'expérience et je me suis rendu compte que, même si le cyclisme occupe une grande partie de ma vie, il ne fait pas tout. J'ai une super famille, un super partenaire, je me sens très heureux maintenant. Avant, ma vie était de faire du vélo, de manger, de dormir, de faire du vélo, de manger, de dormir. Il n'y avait rien d'autre dans ma vie. Je voulais prouver aux gens que j'étais la meilleure. On met tout dedans, et ça devient difficile quand quelque chose ne marche pas - on est alors vite déçu aussi. Je me suis perfectionnée et j'ai aussi travaillé avec des experts. Cela m'a vraiment aidée à assumer qui je suis et à faire ce que je veux faire et ce qui est bon pour moi.

Emotion : Pauline Ferrand-Prévot a réalisé le rêve de sa vie en remportant l'or olympique en VTT et a pleuré de bonheur à Paris.Photo : Getty Images; Sandra RuhautEmotion : Pauline Ferrand-Prévot a réalisé le rêve de sa vie en remportant l'or olympique en VTT et a pleuré de bonheur à Paris.

TOUR : Quelle est votre première expérience au sein de l'équipe Visma | Lease a Bike, dans quelle mesure s'agit-il d'un environnement adapté pour vous ?

Pauline Ferrand-Prévot : Je suis vraiment heureux. Il y a une bonne ambiance, comme dans une grande famille, familière et bien organisée. Ici, je sais où je vais. Ici, on ne nous promet pas des choses qui ne sont ensuite pas tenues. Et c'est aussi un plaisir de pouvoir être avec Dylan.

TOUR : Est-ce que votre compagnon Dylan van Baarle, qui court pour l'équipe masculine de Visma | Lease a Bike, est une des raisons pour lesquelles vous êtes maintenant sous contrat avec eux ?

Pauline Ferrand-Prévot : Le fait de le voir heureux dans cette équipe a certainement aidé, et je savais donc que c'était une bonne équipe. Mais ce n'est pas lui qui a décidé pour moi.

TOUR : Dans quelle mesure partagez-vous votre vie professionnelle ?

Pauline Ferrand-Prévot : Nous ne voulons pas tout faire ensemble. Il a besoin d'espace, j'ai besoin d'espace. De plus, je ne veux pas le freiner, mais je ne veux pas non plus aller trop vite par rapport à mes capacités.

TOUR : De quelle manière vous influence-t-il ?

Pauline Ferrand-Prévot : Dylan est un super-professionnel. Je crois que je suis déjà fou dans certains domaines. Mais Dylan est encore plus fou, c'est l'une des personnes les plus professionnelles que je connaisse. Je peux apprendre de lui. C'est cool.

TOUR : Vous retrouvez aussi dans l'équipe une ancienne compagne de route, la multiple championne du monde Marianne Vos. Vous avez couru avec elle de 2012 à 2016 dans l'ancienne équipe Rabobank.

Pauline Ferrand-Prévot : J'y ai connu ma meilleure année - et c'est surtout grâce à Marianne. C'est une athlète extraordinaire. Mais aussi vraiment très respectueuse, réservée. Elle donnait des conseils, mais elle ne se mettait pas en travers de votre chemin. C'est un honneur de travailler à nouveau avec elle.

Le cyclisme sur route féminin est différent de l'époque où je l'ai quitté. Il y a plus de travail d'équipe. Les courses sont plus longues, il faut désormais manger en course. - Pauline Ferrand-Prévot

TOUR : Vous avez connu des années très fructueuses en 2014 et 2015 - vous avez été championne du monde sur route, vous avez remporté une étape du Giro d'Italia et la Flèche Wallonne. Comment le cyclisme féminin a-t-il évolué pendant votre absence ?

Pauline Ferrand-Prévot : En tout cas, tout est différent. Les courses sont plus longues. Avant, on ne mangeait pas vraiment sur le vélo. Je parle maintenant comme si j'avais 60 ans, mais c'est vrai. Maintenant, nous pouvons voir que l'alimentation est super importante - surtout dans les courses par étapes, c'est un aspect très important. Et en comparaison, le cyclisme est maintenant beaucoup plus un travail d'équipe.

TOUR : Depuis mi-2018, vous n'avez participé qu'à une seule course internationale sur route : les championnats du monde de Zurich l'automne dernier. Comparez donc pour nous le VTT et le cyclisme sur route.

Pauline Ferrand-Prévot : Lors des championnats du monde, j'ai pu constater que sur la route, c'est un tout autre sport. Le VTT, c'est une heure et demie à fond. Mais dans les descentes, on ne pédale pas vraiment. Lors des championnats du monde sur route, j'avais l'impression de devoir pédaler en permanence. Je pense que le niveau est maintenant complètement différent dans les deux sports. Les championnats du monde ont été une bonne leçon. Je n'étais tout simplement pas assez bon.

TOUR : Le cyclisme sur route est beaucoup plus axé sur l'aérodynamisme que le VTT. Vous avez des cheveux incroyablement longs. Ne devez-vous pas envisager une coupe de cheveux plus courte ?

Pauline Ferrand-Prévot : Nous devons travailler sur certaines solutions. En tant que vététiste, je me suis aussi beaucoup entraînée sur le vélo de course, mais dans une position plus droite, comme celle que j'avais sur le VTT. Maintenant, j'ai une nouvelle position et je suis assise de manière plus aérodynamique sur le vélo de course. Mais nous devons certainement encore trouver une solution pour mes cheveux ... (rires)

TOUR : Vous êtes jusqu'à présent la seule cycliste à avoir conservé simultanément les titres de championne du monde de course sur route, de cyclo-cross et de VTT - c'était en 2015. Pensez-vous que cela soit encore possible dans le cyclisme féminin moderne ? Et voyez-vous une cycliste qui pourrait répéter cela ?

Pauline Ferrand-Prévot : Je dirais que j'ai eu pas mal de chance d'y arriver au bon moment. A mon avis, il sera difficile de réitérer l'expérience. Car maintenant, le niveau est tellement élevé partout, le calendrier des courses est tellement chargé. L'année est tout simplement trop courte pour que les trois disciplines puissent être pratiquées correctement. Peut-être que Puck (Pieterse ; ndlr) pourrait y arriver - je lui fais confiance.

TOUR : Dernière question : votre contrat court jusqu'en 2027. Quels sont vos projets pour la suite ?

Pauline Ferrand-Prévot : Je pense que ce seront les trois dernières années de ma carrière de cycliste. J'ai été très égoïste toute ma vie. Il serait donc temps, après cela, de donner quelque chose en retour aux personnes qui comptent pour moi. Je n'ai jamais vu Dylan en course. Je ne l'ai jamais accueilli sur les Champs-Élysées à la fin du Tour de France - toutes les femmes et les amies étaient là. Mais je n'ai pas pu y être les deux dernières fois parce que j'étais en camp d'entraînement en altitude. Et c'est aussi un rêve d'avoir sa propre famille.

Pauline Ferrand-Prévot : La personne

Pauline Ferrand-PrévotPhoto : Team Visma - Lease a BikePauline Ferrand-Prévot
  • Née 10.02.1992 à Reims
  • taille : 1,65 mètre
  • poids : 53 kilogrammes
  • Équipes de rue : Rabobank/Rabobank-Liv (2012-2016), CANYON//SRAM (2017-2020), Visma | Lease a Bike (2025-2027)
  • Des réalisations importantes : Championne olympique de VTT (2024), championne du monde sur route (2014), championne du monde de cyclocross (2015), championne du monde de VTT cross-country (2015, 2019, 2020, 2022 et 2023), championne du monde de VTT marathon (2019 et 2022), championne du monde de gravel (2022), vainqueur de la Flèche Wallonne (2014), victoire d'étape et deuxième du classement général du Giro d'Italia (2014).

Andreas Kublik has been travelling the world's race courses as a professional sports expert for TOUR for a quarter of a century - from the Ironman in Hawaii to countless world championships from Australia to Qatar and the Tour de France as a permanent business trip destination. A keen cyclist himself with a penchant for suffering - whether it's mountain bike marathons, the Ötztaler or a painful self-awareness trip on the Paris-Roubaix pavé.

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