SMême sur les vélos de course, la part de marché des transmissions à 1 plateau ne cesse de croître, sans parler du secteur du gravel. Notre comparatif des systèmes montre dans quels cas il est judicieux de se passer du deuxième plateau.
Alors que la transmission à 1 plateau s'impose à juste titre dans le VTT en raison de la fréquence élevée des changements de vitesse, la transmission à 2 plateaux reste pratiquement incontournable sur route. Le fait que le secteur encourage la tendance au 1 plateau, notamment dans le domaine du gravel, n'a qu'un sens limité. La grande majorité des cyclistes roule sur l'asphalte et les chemins de campagne. Dans ces conditions, on ne change pas de vitesse toutes les secondes comme en VTT. La transmission à deux plateaux se distingue au contraire par des rapports plus finement échelonnés. Conclusion : c'est le profil de conduite de chacun qui devrait déterminer son choix d'achat.
En VTT, la transmission à une seule vitesse s'est depuis longtemps imposée comme la norme incontestée. Sur les terrains difficiles, où le revêtement et la pente changent parfois en l'espace de quelques secondes et où toute la concentration est focalisée sur la trajectoire, cette commande intuitive constitue un avantage inestimable : il n’y a plus que « plus dur » ou « plus facile ». Il n’est plus nécessaire de réfléchir à la vitesse de compensation à l’avant. Mais l’industrie du vélo a depuis longtemps transposé cette tendance au vélo de gravel et même au vélo de course sur route classique. S’agit-il d’une véritable valeur ajoutée technologique ou d’un engouement artificiellement créé par les grands fabricants de composants tels que SRAM, Shimano et Campagnolo afin de susciter de nouvelles envies d’achat ?
Pour répondre à cette question de manière objective, il faut se pencher sur les faits concrets, au-delà des promesses marketing : poids, plage de réglage, gradation, coût, ergonomie, performance de changement de vitesse et efficacité.
Il ne fait aucun doute que le système à 1 plateau permet de réduire le nombre de composants : le dérailleur avant est supprimé, un plateau en moins, les câbles de dérailleur avant sont supprimés (sur les transmissions mécaniques), et le levier de vitesses gauche n'a plus besoin de mécanisme de changement de vitesse (vélo de route et vélo de gravel) ou devient complètement obsolète (VTT). Cependant, si l'on examine une gamme spécifique de Shimano, comme le groupe gravel Shimano GRX à 12 vitesses, l'avantage en termes de poids est relativisé.
Certes, on gagne du poids au niveau du pédalier, du dérailleur avant et du câble de dérailleur, mais le système à 1 plateau nécessite une cassette gigantesque (par exemple 10–51 dents) pour garantir une plage de vitesses adaptée à la montagne. Ces cassettes géantes en acier et en aluminium sont nettement plus lourdes que les cassettes à étagement serré (par exemple 11–34 vitesses) d’un système à 2 plateaux. Au final, pour une gamme de modèles identique, l’avantage réel ne dépasse souvent que légèrement 200 grammes pour la transmission à 1 vitesse. C'est plutôt un avantage pour les adeptes du poids minimal.
C'est là que réside le plus grand compromis physique, qui devient particulièrement intéressant lorsqu'on examine le profil de conduite réel des utilisateurs :
C'est précisément là que se révèle le paradoxe de la scène gravel actuelle, car il faut se poser la question suivante : quel pourcentage des adeptes du gravel roule réellement sur des terrains accidentés ? Selon les estimations du secteur, 70 à 80 % des adeptes du gravel roulent principalement sur l’asphalte, les pistes cyclables et le gravier fin. Et c’est précisément sur ces revêtements que les prétendus avantages des transmissions à une seule vitesse se transforment en inconvénients. En effet, on change moins souvent de vitesse dans ces conditions, et la sécurité de la chaîne ainsi que l’encrassement jouent un rôle secondaire – en revanche, le choix précis des rapports pour maintenir une cadence constante est déterminant. Pour le domaine d’utilisation principal de la plupart des adeptes du gravel, la transmission à un seul plateau devient ainsi en réalité une tendance à la mode générée artificiellement. Pour les fabricants, c’est une aubaine : moins de composants à produire, un montage plus simple et un look « épuré » qui se vend bien.
Si l'on s'en tient aux chiffres bruts, un système 2x12 semble offrir 24 vitesses, tandis qu'un système 1x12 n'en propose que 12. En réalité, cette différence est toutefois moins marquée : avec un système à 2 vitesses, les rapports se chevauchent dans la plage intermédiaire. Cela signifie qu’un rapport donné (par exemple, un grand plateau à l’avant et un grand pignon à l’arrière) donne exactement la même sensation de résistance au pédalage qu’une autre combinaison (petit plateau à l’avant et pignon plus petit à l’arrière).
Si l'on soustrait ces « doubles vitesses », il ne reste généralement que 16 à 20 vitesses effectivement utilisables sur les 24 vitesses théoriques d'un système 2x12.
Les transmissions à 1 ou à 2 plateaux sont toutes deux confrontées au problème du déport de chaîne. Plus la chaîne est déportée entre le plateau et le pignon, plus le frottement et l'usure sont importants.
Avec une transmission à deux plateaux, le cycliste peut toutefois généralement limiter le déport en choisissant le plateau avant adapté. C'est pourquoi les combinaisons « grand–grand » et « petit–petit » sont considérées comme ce qu'on appelle mouvements interdits: Elles génèrent une ligne de chaîne particulièrement défavorable, peuvent provoquer des bruits de frottement au niveau du dérailleur avant et entraînent une usure accrue des composants de la transmission. C'est pourquoi, dans la pratique, on évite ces combinaisons.
Avec une transmission à 1 plateau, aucun rapport n'est interdit : tous les rapports sont en principe utilisables. En contrepartie, la chaîne doit inévitablement supporter un déport plus important sur les plus grands et les plus petits pignons, car il n'y a pas de deuxième plateau pour corriger la ligne de chaîne.
Une ligne de chaîne plus basse réduit les frottements. À cet égard, un système à double plateau bien réglé présente un léger avantage technique : en alternant entre le grand et le petit plateau, on parvient généralement à réduire le déport de la chaîne.
En revanche, avec une transmission simple, un déport plus important se produit inévitablement sur les pignons les plus grands et les plus petits. Les mesures montrent que cela entraîne une légère perte de rendement – généralement de trois à cinq watts au maximum, selon la transmission, la ligne de chaîne et la charge. Il en va de même pour les « rapports interdits » dans le cas d’une transmission à deux plateaux. Parallèlement, l’usure augmente également légèrement sur les pignons extrêmes.
Pour la plupart des adeptes du gravel et du cyclotourisme, cette différence n'a guère d'importance au quotidien. En revanche, ceux qui réalisent des performances élevées sur route ou qui se battent pour chaque watt en compétition peuvent tirer parti de la ligne de chaîne plus avantageuse d'une transmission à 2 plateaux.
En matière de fiabilité, les systèmes mécaniques à 1 plateau ont un avantage certain. En l'absence de dérailleur avant, rien ne peut se bloquer ni se dérégler dans la boue. Cependant, les pièces d'usure extrêmes des systèmes à 1 plateau (comme les cassettes 13 vitesses de SRAM) dans le segment haut de gamme font un trou considérable dans le portefeuille. En revanche, le coût d'acquisition des transmissions à 1 plateau est généralement un peu moins élevé. Chez Shimano, il varie entre 50 et 250 euros selon le groupe.
Selon le type de vélo, les exigences en matière de transmission varient considérablement. Le tableau suivant montre les points forts de chaque système :
| Catégorie de vélo | Entraînement simple | Entraînement double |
| VTT | Poids réduit ; cassettes XL onéreuses dans le segment haut de gamme. Sauts de vitesses très grossiers, mais plage de vitesses énorme (jusqu'à 520 %). Parfait pour le tout-terrain : ultra-rapide, absolument intuitif sous charge, sécurité maximale de la chaîne. | Poids plus élevé en raison du dérailleur avant ; plus sujet aux pannes dans la boue. Risque de déraillement et de cliquetis bruyant. |
| Conclusion : le dérailleur avant a, à juste titre, disparu du monde du VTT. | ||
| vélo de gravel | Environ 250 g plus léger ; prix d'entrée de gamme abordable, la transmission 1x13 haut de gamme est très chère. Les écarts entre les vitesses sont perceptibles ; plage de vitesses idéale pour les pentes raides. Plus grand dégagement pour les pneus. Pas de salissures au niveau du dérailleur avant. | Un peu plus lourd ; options très économiques dans les gammes de prix moyen et d'entrée de gamme. Échelonnement fin des vitesses ; large plage de vitesses sans lacunes perceptibles. Le dérailleur avant limite le dégagement des pneus au niveau du cadre ; nécessite d'anticiper les changements de vitesse. |
| Conclusion : la transmission simple est idéale pour les véritables aventures tout-terrain. La transmission double présente des avantages pour les amateurs de gravier et d'asphalte. | ||
| Vélo de course (route) | L'avantage en termes de poids est réduit par le poids des cassettes. Des écarts trop importants entre les vitesses. Un aspect soigné, mais des pertes d'efficacité dues à un déport extrême de la chaîne. | Construction légère grâce à des cassettes compactes ; le marché des produits standard est abordable et très développé. Échelonnement extrêmement serré ; maintien parfait de la cadence optimale au sein du groupe. Ligne de chaîne plus efficace à grande vitesse. |
| Conclusion : la transmission à 1 plateau ne convient qu'à certains profils de cyclistes. La transmission à 2 plateaux reste la référence sur route. |

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