Kristian Bauer
· 18.07.2026
Des chercheurs de l'université française du Littoral Côte d'Opale ont étudié les stratégies de sommeil de 23 coureurs d'ultracyclisme lors de la Race Across France en juin 2024. La course, qui s'étendait sur 2 588 kilomètres avec 29 250 mètres de dénivelé, reliait Lille à Mandelieu-la-Napoule. Les participants devaient parcourir ce trajet en moins de 240 heures et planifier eux-mêmes leurs stratégies de sommeil et d'alimentation.
Les chercheurs ont équipé les cyclistes de capteurs d'accélération au poignet et leur ont demandé d'évaluer leur niveau de fatigue toutes les quatre heures. À cinq points de contrôle, les athlètes ont passé des tests cognitifs. Sur les 40 volontaires initiaux, 23 participants ont mené le protocole à son terme. Dix coureurs ont abandonné la course, tandis que chez sept autres, les appareils de mesure ou les applications pour smartphone ont cessé de fonctionner.
L'analyse des capteurs d'accélération a révélé une durée totale moyenne de sommeil de 228 minutes par période de 24 heures. Les valeurs individuelles variaient entre 95 et 306 minutes. Les participants ont mis entre 142,1 et 214,2 heures pour parcourir le trajet, soit 190,7 heures en moyenne. Ils ont passé entre cinq et huit nuits en course.
Compte tenu du faible nombre de participants, la pertinence scientifique de cette étude est limitée ; toutefois, l'étude sur l'ultracyclisme a mis en évidence un lien entre la durée du sommeil et le classement. Les coureurs dont la durée moyenne de sommeil par période de 24 heures était plus élevée ont obtenu de meilleurs classements. Il pourrait donc être judicieux de prévoir des pauses ciblées afin de repartir plus reposé et plus rapide. En revanche, ceux qui dorment trop peu affichent, au final, des performances moindres. Il va de soi qu'un excès de sommeil aurait également un impact négatif sur le classement.
La propension au sommeil suivait un rythme circadien marqué de 24 heures. C'est entre minuit et 4 heures du matin que la propension au sommeil était la plus forte. Les niveaux de fatigue présentaient également un rythme circadien clair, avec un pic entre 23 heures et minuit. Les coureurs qui dormaient moins de 5 h 29 par jour ont signalé une augmentation significative de leur fatigue au fur et à mesure de la course. Ce seuil semble marquer une durée minimale critique de sommeil pour le maintien de la vigilance lors d'efforts d'endurance s'étalant sur plusieurs jours.
Le manque de sommeil a eu un impact avéré sur les capacités mentales. Les chercheurs ont utilisé une version simplifiée du test « Go/No-Go » inversé pour mesurer la flexibilité cognitive. Ce test évalue la capacité à réagir à un retour d'information et à adapter son comportement après un renversement de la consigne. Les participants ayant dormi moins entre les deux tests ont présenté des baisses de performance plus importantes dans la distinction entre les stimuli « Go » et « No-Go ».
Les temps de réaction se sont ralentis à mesure que le déficit de sommeil augmentait. Cet effet était particulièrement marqué entre 5 h et 9 h du matin. Les réactions les plus rapides ont été observées entre 17 h et 21 h. Ce rythme circadien, également appelé « horloge biologique interne », a influencé les performances cognitives indépendamment de la durée totale du sommeil.
Les conducteurs ayant dormi en moyenne 2,91 heures ont vu leur capacité de discrimination s'améliorer au fil des jours pendant la phase pré-inversion. Chez ceux ayant dormi 7,02 heures, cette amélioration s'est manifestée pendant la phase post-inversion. Les temps de réaction ont augmenté avec une moyenne de 4,38 heures de sommeil pendant la phase pré-inversion et de 4,09 heures pendant la phase post-inversion.
Les résultats montrent que la gestion stratégique du sommeil est déterminante pour la performance en ultracyclisme. Les athlètes devraient, dans la mesure du possible, adapter leurs phases de repos au rythme de leur horloge biologique interne. C'est entre minuit et 4 heures du matin que la qualité du sommeil est la meilleure.
Cette étude a également des implications en matière de sécurité. Un manque de sommeil augmente le risque d'accident non seulement pour le conducteur lui-même, mais aussi pour les autres usagers de la route. Les organisateurs pourraient mettre en place des formations obligatoires sur la gestion de la fatigue et mettre à disposition des aires de repos sécurisées. Les équipes médicales devraient envisager des protocoles de récupération structurés après la course.
La taille relativement réduite de l'échantillon et le taux d'abandon pendant la course limitent la pertinence des conclusions. Il n'est pas possible de tirer de cette étude sur l'ultracyclisme des conclusions scientifiques d'application générale. Étant donné que, dans l’ultracyclisme, la nature des courses, leur durée et les exigences des parcours varient considérablement, on ne peut d’ailleurs pas s’attendre à ce qu’il en soit autrement. Quoi qu’il en soit, cette étude rappelle l’importance d’une stratégie de sommeil bien pensée. Cela vaut aussi bien pour le moment où l’on dort que pour la durée du sommeil.
Le concept de « Wakefulness Made Good », issu à l’origine de la voile au large, peut s’appliquer à l’ultracyclisme. Les athlètes doivent trouver un équilibre entre la vigilance et les troubles fonctionnels liés au manque de sommeil. De courtes siestes et une gestion efficace du sommeil aident à maintenir les performances cognitives et physiques lors d’un effort prolongé. Ce n’est pas sans raison que les courtes siestes « power naps » sont très répandues dans l’ultracyclisme.

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