Spécial passeports

Unbekannt

 · 15.10.2007

Spécial passeports
La passion des cols unit (presque) tous les cyclistes de course, quel que soit leur niveau. Le grand tour des cols ne doit manquer dans aucune vie de cycliste. Ce TOUR spécial raconte la fascination des routes de montagne. Des experts donnent des conseils pour l'entraînement et l'équipement. C'est ici que commence la nouvelle série TOUR sur les plus belles routes de cols d'Europe.

Franchir les cols est sa grande passion : l'auteur de TOUR Dres Balmer a déjà gravi à vélo d'innombrables montées des Alpes et des Pyrénées, la plupart à plusieurs reprises. Dans son essai, il explique son idée personnelle de la traversée des cols.

Les cols séparent les paysages, les cultures, les langues et les pays. Les routes de col veulent le contraire, elles relient. Mais franchir des cols à vélo est une entreprise plutôt pénible. Les personnes qui ne font pas ce genre de choses secouent la tête et se demandent pourquoi les cyclistes s'infligent volontairement cette épreuve. Ils le font tout simplement parce que le col est là, parce qu'il se dresse devant eux à des milliers de mètres de hauteur, parce que le col porte un nom particulier qui sonne bien, parce qu'il a 48 beaux lacets et qu'il est garni de neige en haut comme un gâteau à la crème. Ils le font parce que de l'autre côté, il faut redescendre dans une autre vallée, dans une autre langue, dans un autre pays, où l'on veut découvrir ce que valent les rêves. C'est quelque chose de fort, de simple, d'élémentaire, d'humain, et cela a probablement un rapport avec la nostalgie.

Les passeports sont un bien culturel. Ils sont liés à l'histoire, aux histoires, aux belles et aux moins belles. On évoque souvent le caractère fédérateur des cols, on chante le passage vers le pays où fleurissent les citrons. Mais si l'on pense au Stelvio, le doute s'installe : l'une des batailles les plus terribles de la Première Guerre mondiale s'est déroulée sur ce col frontalier de l'époque. Pendant trois hivers, les Tyroliens et les Italiens s'y sont affrontés, et plus de cent mille hommes ont été victimes du massacre. Les Suisses neutres étaient assis dans le bunker de la Pointe des Trois Langues toute proche et regardaient avec leurs jumelles comment on faisait l'histoire du monde.

Aujourd'hui, les cols sont heureusement paisibles. Ils nous attendent pour que nous les escaladions à vélo. Mais nous ne pouvons rien faire contre la nature, contre le paysage, même pas en montant un col à vélo. La nature et le paysage sont toujours plus forts, nous devons en faire des amis. Laissons-nous aller à la montée, entrons en dialogue avec elle. La joie naît lorsque nous parlons avec les montagnes, que nous accueillons leurs humeurs avec les jambes, le souffle, le cœur, les yeux et l'esprit. Quand on a quelques kilomètres dans les jambes, on peut jouer avec la route du col, on ne tombe jamais dans la zone dite rouge. Quand ça bat dans les tempes, on reprend des forces, car il n'est pas beau d'arriver en haut avec la tête violette.

Au début de l'ascension, on est souvent dépassé par des camarades cyclistes impétueux. Certains ne disent même pas bonjour. C'est agaçant, et sur le moment, on se dit : "Je vais lui montrer", on continue. Il est plus judicieux de les laisser partir et de rester fidèle à son propre rythme. Souvent, on retrouve ces messieurs plus haut, dans la zone rouge, à bout de souffle, sans pouvoir répondre. Parfois, les choses se passent autrement : on se salue, on discute, on se tend, on joue ensemble avec la montagne, on se relaie en tête, on s'encourage, on raconte des histoires de cyclistes. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, on est en haut. Fier et un peu triste que ce soit déjà fait. Le col est venteux, les prix sont excessifs, les souvenirs sont kitsch. Mais on se moque de tout cela, et même de la machine à café, de la banque et de la loterie. Car c'est maintenant que l'on sent monter en soi le bonheur d'être un cycliste de col.

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