Jens Claussen
· 17.08.2026
TOUR : C'est votre 11e saison en tant que cycliste professionnel. Quelle importance revêt pour vous le fait de disputer le Lidl Deutschland Tour, qui est votre tour national ?
Max Walscheid : L'importance du Tour d'Allemagne ne cesse de croître d'année en année. Bien sûr, j'ai mon propre programme et des objectifs à atteindre pour l'équipe. Il faut être honnête, ce sont ces aspects-là qui priment. Mais j'apprécie également de courir devant mon public et de contribuer ainsi à promouvoir le cyclisme en Allemagne. Le Tour d’Allemagne revêt un caractère symbolique quand on voit de vraies personnes se tenir au bord de la route pour regarder le cyclisme – et ne pas devoir se contenter de le suivre à la télévision depuis d’autres pays.
TOUR : Vous avez participé au Tour d'Allemagne une seule fois, en 2024. Quels souvenirs gardez-vous de cette course ?
Max Walscheid : À l'époque, il était important pour moi de faire bonne figure, car je courais pour l'équipe nationale allemande en 2024. Quand on porte le maillot de l'équipe nationale allemande, on ressent toujours une certaine fierté à l'idée de représenter son pays. On a alors envie de faire du bon travail. Et au final, c'était comme pour toutes les autres grandes courses en Allemagne : une fois que la course est en place et bien organisée, c'est en fait toujours une très bonne expérience. Il y avait énormément de spectateurs sur place et, sur le plan sportif, c'était vraiment difficile.
TOUR : Depuis 2023, Lidl est le sponsor principal du Tour d'Allemagne et, depuis cette année, l'actionnaire majoritaire de l'équipe. Dans quelle mesure le fait de participer au Tour d'Allemagne en tant qu'équipe licenciée en Allemagne modifie-t-il la pression qui pèse sur l'équipe ?
Max Walscheid : Je dirais bien que la pression est plus forte maintenant. Sous les couleurs de Lidl, je souhaite particulièrement faire du bon travail lors de la deuxième étape, notamment pour pouvoir me placer en tête dans le sprint. La pression est donc plus forte pour moi ce jour-là que les autres jours, où je ne suis « que » l’un des maillons du travail d’équipe et où je ne suis pas obligé de faire la différence.
TOUR : Ces dernières années, le Lidl Deutschland Tour a toujours chevauché la Vuelta pendant quelques jours. Quelle importance revêt ce fait pour vous dans la comparaison internationale du Tour avec d'autres courses à étapes ?
Max Walscheid: Son importance en comparaison internationale est assez élevée. Même si ce tour n’a « que » le statut « Pro » et qu’il existe en parallèle d’autres courses du WorldTour comme le Renewi Tour en Belgique, il faut reconnaître que le Tour d’Allemagne jouit d’une bonne réputation malgré son statut de deuxième division. Sur le papier, elle ne fait pas partie de l'élite du cyclisme, mais le plateau de participants et le niveau de la course en disent tout autre chose. La reconnaissance et l'estime dont bénéficie le Tour d'Allemagne au sein du sport professionnel et de la communauté cycliste sont en tout cas bien supérieures à son statut officiel.
TOUR : Est-il possible, en organisant régulièrement le Tour d'Allemagne, voire en élargissant son périmètre, d'« éduquer » un peu le public allemand afin qu'il ne se concentre pas uniquement sur un Florian Lipowitz comme coureur allemand lors du Tour de France ? Après tout, l'Allemagne a toujours eu et continue d'avoir de bons sprinteurs et coureurs de classiques.
Max Walscheid : Je vous demanderais également, à vous les représentants des médias, de prendre vos responsabilités et de changer un peu de perspective. Quand on dit que l'Allemagne aimerait bien avoir le prochain vainqueur du Tour ou qu'elle a besoin de quelqu'un dans le maillot jaune, c'est en quelque sorte une prophétie auto-réalisatrice qui fait que ces idées s'ancrent dans l'esprit des amateurs de cyclisme.
TOUR : En parlant de public, la perception du grand public et la considération dont bénéficie votre métier de cycliste professionnel ont-elles évolué par rapport à vos débuts ?
Max Walscheid : Je pense avoir choisi le bon moment pour faire mes débuts en tant que cycliste professionnel et être bien accueilli. J'appartiens en effet à une génération postérieure à celle de Kittel, Martin, Degenkolb et compagnie, et je n'ai pas eu à lutter autant qu'eux contre les séquelles laissées par leurs prédécesseurs. Dès mes premières années, j'ai reçu de nombreux retours positifs sur mon métier, et cela n'a cessé de s'amplifier ces dernières années, notamment grâce à mes activités médiatiques.
TOUR : Revenons à la course, qui débutera le 19 août par un prologue de 2,6 kilomètres à Bad Orb. Vous avez joué un rôle central lors des classiques de printemps de cette saison aux côtés de Mads Pedersen, vainqueur du Tour d'Allemagne 2024. Pedersen a opté cette année pour la Vuelta et ne sera pas au départ. Allez-vous endosser sans transition le même rôle auprès d’un autre coureur du classement général ?
Max Walscheid : Absolument ! Nous voulons remporter la course, cela ne fait aucun doute. Ce sera tout sauf une promenade de santé et tous les participants devront se donner à fond pour que nous terminions en tête. Je ne connais pas encore exactement la composition de la grille de départ, mais honnêtement, peu m’importe qui, parmi mes coéquipiers, prendra le départ. L’essentiel, c’est que nous ayons une bonne équipe sur la ligne de départ. Mais Cicco (Giulio Ciccone) aura sans aucun doute une responsabilité particulière à assumer.
TOUR : Il y a deux ans, le Tour a débuté à Schweinfurt par un prologue d'une longueur similaire à celui de mercredi prochain, et vous aviez terminé 15e. Après un bon prologue, espérez-vous peut-être endosser le maillot de leader lors de la deuxième étape, dont vous avez déjà parlé ?
Max Walscheid : Non, pas du tout ! Le prologue ne me convient pas parfaitement, il est assez vallonné, et si je parvenais à me classer parmi les dix premiers, j'en serais très satisfait. Et la première étape, qui traverse également le Spessart, est difficile. Des écarts importants se seront déjà creusés avant l'étape de sprint.
TOUR : Max Walscheid a rejoint l'équipe à l'âge de 32 ans et a immédiatement signé un contrat de trois ans ? Quels sont les projets de Lidl-Trek pour vous, et quels sont vos projets à long terme au sein de Lidl-Trek ?
Max Walscheid: Lorsque j'ai signé, l'équipe savait parfaitement ce qu'elle pouvait attendre de moi. J'ai atteint un âge où l'on sait ce dont on est capable et ce dont on n'est pas capable. Aucune des parties concernées ne s'attendait à ce que je fasse encore un bond en avant – que ce soit vers le haut ou vers le bas. Mes missions pour cette année étaient clairement définies : apporter mon soutien à Jonathan Milan dans les sprints et à Mads Pedersen dans les classiques. Je suis très satisfait de cette année, notamment de la façon dont mes performances ont encore évolué.
TOUR : Compte tenu de cette perspective à long terme, l'équipe n'a-t-elle pas d'autre projet ? Au vu de votre parcours, le rôle de capitaine de route ou de figure de référence pour les jeunes coureurs s'impose presque de lui-même.
Max Walscheid: En tant que capitaine de course, j’ai déjà travaillé ces dernières années au sein de différentes équipes, j’ai donné des consignes tactiques et j’ai été le prolongement de la direction sportive pendant la course. C’est un rôle que j’assume volontiers, comme je l’ai fait récemment lors du Tour du Danemark. Pour le reste, je me concentre à 100 % sur la performance sportive. Je ne me considère pas comme un mentor pour les jeunes et cela ne m’intéresse d’ailleurs pas du tout.
TOUR : Dans la série « Deine Tour » de l’émission Sportschau, un épisode vous mettant en scène aux côtés de Dominic Klemme, le coach mental de Lidl Trek, a été diffusé. Il y est question de la pression, de la peur et du stress psychologique dans le cyclisme professionnel. Ces sujets sont-ils abordés ouvertement au sein du peloton ou la « règle » du tabou prévaut-elle encore ?
Max Walscheid : Par rapport à il y a 10 ans, on constate déjà une évolution sur ces sujets. En tout cas, on en parle plus ouvertement et de nombreux pilotes voient désormais l’occasion d’aborder ces questions. Je continue néanmoins de penser que ce sport reste dans l’ensemble très, très exigeant et que beaucoup de pilotes doivent aussi faire face à certaines difficultés personnelles. Mais cela tient aussi au fait que nous avons tous notre vie quotidienne respective chez nous et que nous ne nous retrouvons tous ensemble qu’occasionnellement. Ainsi, les difficultés ne sont pas forcément partagées avec les coéquipiers.
TOUR : Compte tenu du calendrier de courses très chargé, voyez-vous un potentiel pour un Tour d'Allemagne qui durerait plus de cinq jours ?
Max Walscheid: Je vois en tout cas un potentiel énorme. Les coureurs aiment venir, les équipes aiment venir, et on assiste toujours à du cyclisme très spectaculaire. Et Fabian Wegmann, dans le cadre de la planification pour l’A.S.O., fait tout son possible pour nous mettre à rude épreuve et mettre sur pied un parcours exigeant. Indépendamment du Tour d’Allemagne, il faudrait toutefois revoir l’ensemble du calendrier des courses. Pour les personnes qui ne suivent pas ce sport depuis des années, il est tout à fait difficile de comprendre et de distinguer clairement quelles courses sont vraiment importantes et lesquelles ne le sont pas. Le cyclisme devrait faire un grand ménage, peut-être supprimer l’une ou l’autre course et accorder l’importance qu’elles méritent à celles qui comptent vraiment. Pour moi, le Tour d’Allemagne fait partie de ces courses importantes et une durée de 10 jours serait une bonne idée.
TOUR : Après la dernière étape du Giro de cette année, remportée par votre coéquipier Milan, on a pu entendre dans l'interview d'un membre du staff : « Max Walscheid est tellement fou de joie qu'il est en train de démonter le bus de l'équipe. » Si Lidl-Trek remporte le Tour, pouvons-nous nous attendre à des scènes similaires dimanche ?
Max Walscheid: Si nous remportions le classement général, ce serait déjà génial. Même si cela n'est pas comparable à la victoire dans la dernière étape d'un Grand Tour. D'un point de vue purement sportif, l'enjeu était un peu plus important. Mais quoi qu'il en soit, j'en serais vraiment très heureux.