Andreas Kublik
· 04.08.2023
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L'entretien a été mené par Andreas Kublik
TOUR : André, dans votre biographie "De l'ombre au vent"* Votre femme Kristina a expliqué que, pendant votre carrière de cycliste professionnel, vous avez longtemps mené chacun une vie dans deux mondes différents. Vous êtes-vous installé chez vous, à Hürth, près de Cologne, dans une vie quotidienne avec moins d'adrénaline, moins d'ivresse de la victoire, mais peut-être aussi moins de déceptions que dans votre vie de cycliste professionnel ?
André GreipelIl faut en tout cas un certain temps pour y arriver. C'était un changement qui n'a pas été facile. J'ai toujours eu un plan d'entraînement et j'ai vécu en fonction de celui-ci, en travaillant pour atteindre un objectif. Maintenant, j'ai dû me réorganiser. Je dois ou je peux assumer des tâches à la maison, auxquelles on ne me laissait pas du tout accéder auparavant, car je n'aurais fait qu'embrouiller les choses. Ma femme et mes enfants avaient définitivement leur propre vie.
TOUR : Comment cela fonctionne-t-il réellement ?
André GreipelIl faut apprendre à gérer la situation, on mène une autre vie, on a d'autres priorités. Pour l'instant, je suis encore souvent en déplacement. Mais ma femme peut maintenant davantage compter sur moi. Dans l'ensemble, la vie de famille est une bonne chose, tout comme le fait que je me réveille plus souvent dans mon propre lit.
TOUR : En tant que sprinteur, vous avez vécu toute votre carrière dans l'énergie et l'agressivité. Où mettez-vous toute cette énergie ?
André GreipelJ'ai définitivement un surplus d'énergie. Bien sûr, je fais toujours du vélo. C'est toujours ma passion et ma soupape. Cela me permet de me déconnecter, de me recentrer - j'en ai aussi besoin. Je roule maintenant en grande partie seul - et plus aussi longtemps, peut-être deux ou trois heures de temps en temps. Quand je roule seul, c'est une sorte de méditation pour moi.
TOUR : Votre emploi du temps est très chargé. Vous avez quelques contrats avec des sponsors, vous avez participé au Giro, au Tour, à Ténériffe. On le sait depuis avril : Vous serez à l'avenir l'entraîneur national des cyclistes professionnels. Comment cela s'est-il passé ?
André GreipelJe n'avais pas l'intention d'assumer cette fonction. Le BDR (Bund Deutscher Radfahrer ; n.d.r.) m'a approché. Il n'a pas seulement cherché à discuter avec moi, mais aussi avec d'autres ex-professionnels : Christian Knees, Marcel Sieberg, Marcel Kittel, Robert Wagner - ils ont tous été contactés. On m'a choisi parce que je n'appartiens à aucune équipe et que je suis donc indépendant.
TOUR : Pourquoi avez-vous décidé de prendre ce poste ?
André GreipelJe le fais pour les athlètes, car je pense qu'ils le méritent. Il est important pour moi de souligner que je ne le fais pas pour mon ego.
TOUR : Depuis quelque temps, Marcus Burghardt, un autre ex-professionnel, siège à la présidence du BDR. Est-ce que cela vous a incité à prendre ce poste ?
André GreipelBien sûr, cela a aussi joué un grand rôle. C'est un très beau signe de la part du BDR que d'essayer de faire entrer à la présidence des jeunes qui sont encore très proches du cyclisme. Ce sera en tout cas une très belle mission, car je sais que "Burgi" est toujours un homme de parole et qu'il veut le meilleur pour la fédération.
TOUR : Vous avez tous les deux une sorte de vision commune ?
André Greipel: Bien sûr. Mais cela ne peut se faire qu'avec les sportifs. Je suis loyal et je sais ce que le BDR a fait de mal ici et là par le passé dans ses relations avec les cyclistes professionnels. Et j'essaie, avec "Burgi", d'améliorer les choses.
TOUR : Dans le cyclisme, contrairement au football, ce ne sont pas tous les onze qui gagnent, mais au mieux un seul. Comment vous êtes-vous motivé autrefois ?
André GreipelPour moi, cela a toujours été un honneur de pouvoir porter le maillot national, à condition bien sûr qu'il y ait un plan. Si c'était le cas, j'étais toujours prêt à m'investir dans l'équipe, à me subordonner et à prendre des responsabilités en tant que leader.
TOUR : Vous êtes jusqu'à présent le dernier professionnel allemand à avoir remporté une médaille dans une course sur route des championnats du monde - en 2011 à Copenhague, où vous avez terminé troisième derrière Mark Cavendish et Matt Goss. Quelle est la valeur de ce succès ?
André GreipelAu final, j'étais contente d'avoir obtenu la troisième place. D'un autre côté, il est évident que si l'on avait pris d'autres décisions lors de la nomination à l'époque, on aurait pu faire mieux.
TOUR : Vous auriez aimé avoir plus d'assistants loyaux et appropriés dans l'équipe. Cinq ans plus tard, il y a eu le fiasco des championnats du monde au Qatar. L'équipe allemande voulait devenir championne du monde. Mais on s'est dispersé au BDR avec trois capitaines, sans hiérarchie : Marcel Kittel, John Degenkolb et vous. Tous les Allemands ont été distancés très tôt. Qu'est-ce qui n'allait pas à l'époque ?
André GreipelJe ne m'attarde pas sur le passé, car on ne peut plus rien y changer. Mais c'était un exemple classique de mauvaise communication, de mauvais traitement de la part du BDR envers les sportifs. Il y avait déjà eu des accords internes un an auparavant, selon lesquels j'aurais dû être celui pour lequel on courait - si j'étais en pleine forme.
TOUR : Vous avez gagné une étape du Tour de France cette année-là, comme Marcel Kittel, et vous avez également remporté le titre de champion d'Allemagne - la forme était bonne. Avec qui vous êtes-vous mis d'accord auparavant ?
André GreipelLes accords n'ont pas été respectés. Qui était exactement impliqué à l'époque, cela n'a plus d'importance aujourd'hui. Je l'ai décrit en détail dans un chapitre de mon livre - je n'en dirai pas plus. Mais pour moi, ce n'était pas une façon équitable de traiter un sportif. Lors d'un championnat du monde, il ne s'agit pas de ne pas vouloir se fâcher avec l'un ou l'autre sportif pour l'avenir. Je ne peux parler que pour moi : J'étais déjà mentalement brisé au Qatar avant même le début de la course.
Je veux suivre un plan clair et mettre les meilleurs cyclistes professionnels allemands au départ des championnats du monde. Tous les sportifs que nous avons contactés sont prêts ! (André Greipel)
TOUR : Ensuite, vous vous êtes retiré de l'équipe nationale sans bruit et de manière assez discrète ...
André GreipelJe suis quelqu'un qui aborde les choses directement avec les personnes concernées et qui ne cherche pas le tapage médiatique. Après la course, j'ai clairement communiqué avec les personnes concernées et leur ai dit : ne m'appelez plus. C'était très mal vu - pas seulement avec moi, mais aussi avec les autres personnes qui ont couru au Qatar. Les autres sportifs impliqués l'ont également compris.
TOUR : Quelles conséquences tirez-vous de ce qui s'est passé à l'époque pour votre propre travail en tant qu'entraîneur national ?
André GreipelCe sont des choses que nous ne voulons plus faire de cette manière. Je veux clairement suivre un plan et mettre les meilleurs cyclistes professionnels allemands sur la ligne de départ. Dans la phase actuelle du cyclisme allemand, avec seulement six places pour les championnats du monde (seuls les dix premiers du classement mondial des nations obtiennent huit places, l'Allemagne était 15e ; ndlr), on ne peut pas emmener des sportifs de la relève pour qu'ils goûtent à l'ambiance des championnats du monde. Les meilleurs doivent être au départ.
TOUR : Compte tenu de vos propres déceptions à la Coupe du monde, quelle a été votre motivation pour accepter le poste de sélectionneur national ?
André GreipelNous sommes tous des êtres humains. Il s'agit de communiquer ouvertement avec les sportifs sur ce que l'on souhaite mettre en œuvre aux championnats du monde, d'Europe ou aux Jeux olympiques. Si l'on parle de manière raisonnable et respectueuse, si l'on formule raisonnablement un plan clair sur ce que l'on veut faire pendant la course, on peut toujours obtenir un non d'un sportif. Et ce n'est pas grave. Au final, il s'agit de présenter au départ une équipe puissante et polyvalente - et surtout : une équipe ! Et je suis un partisan du plan A - c'est-à-dire une structure claire au sein de l'équipe, indépendante du déroulement de la course et orientée vers un seul leader.
TOUR : Vous donnez donc une direction claire, un concept Greipel ...
André GreipelIl n'est pas nécessaire de parler d'un concept Greipel. Je ne suis pas non plus celui qui fait la sélection tout seul : Marcus Burghardt (vice-président du sport sous contrat), Günter Schabel (vice-président du sport de compétition), Patrick Moster (directeur sportif), Robert Pawlowsky (entraîneur) et moi-même sommes responsables de la nomination.
TOUR : Même si le vice-président du BDR de l'époque, Udo Sprenger, que vous avez critiqué dans votre livre pour ce qui s'est passé lors des championnats du monde au Qatar, n'en fait plus partie : C'est un grand comité. N'y a-t-il pas un risque que trop de personnes s'expriment et que les accords ne soient pas respectés ?
André GreipelJ'ai le sentiment que ce cas de figure ne se reproduira plus, que les personnes qui décident maintenant sont fidèles à leur parole. C'était pour moi une condition préalable.
TOUR : En quoi consiste exactement votre mission ?
André GreipelJe ne peux apporter que mes compétences techniques : formuler la tactique que je prévois et les sportifs dont j'ai besoin pour cela. Lors de la Coupe du monde, on ne peut évidemment plus dire grand-chose à la radio.
TOUR : Là-bas, il n'y a pas de liaison radio entre les coureurs et la direction sportive.
André GreipelCela signifie que les discussions sur les rôles et la tactique doivent être intensives. Je veux que les athlètes aient une vision claire de la course et le bon état d'esprit pour un championnat du monde.
TOUR : Ces derniers temps, la volonté de rouler pour l'équipe nationale allemande n'était plus très grande ...
André GreipelNous voulons à tout prix éviter de revivre des championnats du monde comme ceux de l'année dernière en Australie, où de nombreux cyclistes professionnels ne voulaient pas y aller. Nous voulons avoir les meilleurs athlètes au départ. Ils doivent savoir longtemps à l'avance qu'ils sont nommés, qu'ils peuvent se préparer pour un objectif. Et nous cherchons à communiquer avec les équipes pour que les coureurs soient également libérés. Cela a bien fonctionné en vue de Glasgow.
TOUR : À quel type de parcours les professionnels et les fans peuvent-ils s'attendre lors de la course sur route de Glasgow le 6 août, quel peut être le plan de la course ?
André GreipelLe parcours a déjà été modifié lors des championnats d'Europe 2018 (Matteo Trentin s'était alors imposé devant Mathieu van der Poel et Wout van Aert, ndlr). Ce sera une course similaire. S'il pleut, ce sera une course par élimination. Il sera très important d'avoir une équipe forte qui prend la course en main et qui place le capitaine devant. Il y a 2,7 virages par kilomètre. Cela montre que les luttes de position seront déterminantes dans tous les cas. En combinaison avec les montées courtes et difficiles, une décision préalable peut être prise tôt dans la course. Il n'y a que de courtes lignes droites de 400 à 500 mètres, sur lesquelles un peloton n'est pas beaucoup plus rapide qu'un groupe de tête.
TOUR : A quel parcours peut-on le comparer ?
André GreipelJe pense que l'on peut comparer ce parcours à celui des championnats du monde de Leuven en 2021. Les routes y étaient peut-être un peu plus étroites et les montées un peu plus longues. Ce sera à mon avis une course classique, notamment en raison de sa longueur (271 kilomètres avec environ 3500 mètres de dénivelé ; ndlr). Un coureur doit être explosif.
TOUR : Vous avez fait votre première apparition en tant que coach national lors de la première des soi-disant super championnats du monde à Glasgow avec presque toutes les disciplines cyclistes. Que pensez-vous de ce concept ?
André GreipelDu cyclisme-ball au BMX en passant par le cyclisme artistique, tout y est. C'est en tout cas une grande chance que cette grande image du cyclisme y soit rassemblée. Voyons comment cela sera mis en œuvre sur place.
Lorsque André Greipel a mis fin à sa carrière de cycliste professionnel fin 2021, il était l'un des plus titrés du peloton international avec 158 victoires. Après des débuts dans l'équipe U-23 de Telekom, il a porté le maillot des écuries Wiesenhof (2005), T-Mobile (2006-2007) et Columbia/HTC (2008-2010). C'est au sein de l'équipe belge Lotto (2011-2018) qu'il a connu son meilleur moment, avant de terminer sa carrière chez Arkéa-Samsic (2019) et Israel Start-Up Nation (2020-2021).
Le spécialiste du sprint a fêté de nombreuses victoires d'étape au Tour de France (11), au Giro d'Italia (7) et à la Vuelta a Espana (4). Il a également remporté deux fois le classement général du Tour Down Under en Australie ainsi que la course d'un jour Cyclassics à Hambourg. Lors des championnats du monde sur route 2011 à Copenhague, il a remporté le bronze derrière Mark Cavendish et l'Australien Matt Goss. Fin avril, la fédération allemande de cyclisme (Bund Deutscher Radfahrer) a annoncé que Greipel serait le directeur sportif responsable des professionnels du cyclisme sur route lors des championnats d'Europe et du monde ainsi que des Jeux olympiques. Il succède à Jens Zemke à ce poste.
* "De l'ombre à la lumière. Comment j'ai appris à aimer le cyclisme et à gagner".
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