Leon Weidner
· 05.08.2026
L'UCI réagit aux critiques émanant du peloton et contrôle plus minutieusement l'équipement des coureuses avant la quatrième étape du Tour de France Femmes. Plusieurs équipes du WorldTour s'étaient plaintes de l'utilisation de soutiens-gorge rembourrés lors des contre-la-montre. Le rembourrage supplémentaire sous la combinaison de course procure un avantage aérodynamique mesurable, car il redirige le flux d'air autour du corps. Le contre-la-montre de 21 kilomètres entre Gevrey-Chambertin et Dijon a constitué un premier tournant décisif dans la lutte pour la victoire au classement général.
Les articles 1.3.032 et 1.3.033 du règlement de l'UCI interdisent l'utilisation d'objets modifiant artificiellement la silhouette. Les « chest fairings », ces objets que l'on insère dans la combinaison pour modifier la forme de la poitrine, sont interdits depuis longtemps déjà.
Le jury de l'UCI a publié lundi soir un avertissement inhabituel dans le communiqué du Tour de France Femmes avant la quatrième étape. On peut y lire : « Une attention particulière sera accordée au respect de l’article 1.3.032 du règlement de l’UCI, y compris en ce qui concerne les éléments non essentiels, les vêtements ou autres objets/accessoires portés par une coureuse (y compris, mais sans s’y limiter, les casques, lunettes, chaussures ou appareils de communication pendant la course), susceptibles de modifier la morphologie des coureuses. »
Les coureuses devaient se présenter dix minutes avant le départ de leur contre-la-montre à Gevrey-Chambertin, dans une tente spécialement aménagée à cet effet, pour se soumettre aux contrôles. L’UCI souhaite s’assurer qu’aucune modification de la silhouette au niveau de la poitrine n’a été apportée. Certaines équipes ont proposé que des commissaires féminines effectuent les contrôles dans une tente fermée, afin de s’assurer qu’aucun rembourrage inutile n’est porté dans les soutiens-gorge ou sous les combinaisons.
L'application de cette règle s'avère difficile. Koen de Kort, responsable de la technologie et de l'innovation chez Lidl-Trek, a déclaré à The Athletic : « Le problème, c'est de savoir comment contrôler cela. C'est là le plus grand défi. On peut dire que ce n’est pas autorisé, mais comment déterminer la quantité dont une femme a besoin ? C’est une zone d’ombre assez importante. » Son équipe a testé différents types de soutiens-gorge et a constaté que certains modèles rembourrés présentaient des avantages, mais ceux-ci n’ont pas été utilisés en course.
Le règlement de l'UCI définit les « éléments non essentiels » comme « tout élément qui n'a pas pour seule finalité de servir de vêtement ou de protection, ou qui n'est pas strictement nécessaire au bon fonctionnement d'un vêtement, d'un autre objet ou d'un accessoire ». Les coureuses portant des vêtements « non conformes » s'exposent à une disqualification et à une amende comprise entre 50 et 200 CHF.
Ce phénomène n'est pas nouveau. Des cas similaires avaient déjà été relevés lors des Jeux Olympiques de 2024 à Paris et du Giro d'Italia 2025. Dans le peloton masculin, Remco Evenepoel, lors du contre-la-montre des Championnats du monde sur route 2023, et Jonas Vingegaard, lors du contre-la-montre du Tour de France 2023, ont manifestement utilisé des carénages intégrés à leurs combinaisons.
En revanche, le port des radios d'équipe sur la poitrine plutôt que dans le dos est autorisé et pratiqué par la quasi-totalité des professionnels. L'UCI a renforcé ses contrôles ces dernières années et a interdit cet été l'utilisation de maillots dotés de poches avant intégrées. Quelques jours plus tard, Jan Willem van Schip a été disqualifié d'une course pour avoir porté un bidon à l'avant de son maillot.
Le contre-la-montre de 21 kilomètres entre Gevrey-Chambertin et Dijon était l'une des trois étapes décisives du Tour de France féminin. C'est aussi pour cette raison qu'on accorde autant d'importance à ces petits détails, car au final, quelques secondes peuvent faire la différence entre la victoire et la défaite.

Editor