La neuvième étape est pour l'instant la dernière occasion pour les sprinteurs de se mettre en évidence. Un sprint massif est donc le scénario le plus probable. La ligne d'arrivée à Châteauroux est longue de 1,4 kilomètre, rectiligne et très plate. C'est l'endroit idéal pour que le train de sprinters le plus rapide prépare la scène pour le sprinter en chef.
Mais c'est justement lorsque l'affaire semble si claire que c'est peut-être à un puncheur de lancer une attaque audacieuse. A 2200 mètres de l'arrivée, il y a un virage serré à gauche avant lequel un coureur solitaire pourrait essayer de se détacher et de passer. C'est le cas que nous simulons aujourd'hui.
Le héros de la simulation part d'une vitesse de départ de 57 km/h, porte la pleine vitesse dans le virage et reste sur l'accélérateur. Y a-t-il la moindre chance de s'en sortir ?
La probabilité de s'en sortir est faible, mais pas nulle non plus. Un coureur capable d'enchaîner 2:20 minutes de manière exceptionnellement dure a une petite chance de distancer le peloton si le virage est serré ou si, pour d'autres raisons, le peloton laisse passer un ou deux coups de pédale.
Notre simulation montre quelle roue serait la meilleure pour cela : avec près de trois dixièmes de seconde d'avance, la Van Rysel RCR-F Pro est mathématiquement la roue la plus rapide dans cette action de folie et prend 4,5 mètres d'avance sur la deuxième roue.
La visibilité parfaite sur la ligne droite d'arrivée ne plaide pas non plus en faveur de la réussite de la manœuvre. Mais tout le monde le sait. L'élément de surprise est d'autant plus grand lorsqu'un coureur s'élance malgré tout tôt. Ce ne serait pas la première fois qu'un courageux s'en sortirait contre toute attente. Les ingrédients nécessaires sont la puissance des jambes, la dureté mentale et une position aérodynamique exceptionnelle.
Ben Healy a récemment prouvé qu'un coureur seul pouvait être plus fort que la meute lors de la sixième étape, qu'il a remportée grâce à une longue course en solitaire après une attaque dans une échappée de haut niveau. Mais ses adversaires étaient des échappés épuisés et non des sprinters frais.
Mais Healy a démontré à la perfection ce qui est important : l'Irlandais a disputé la finale comme un contre-la-montre. Toujours dans la position optimale et avec une pression sur la pédale à chaque seconde. Pas de relâchement, pas de respiration. Il a même gagné du temps sur le travail de ses poursuivants.
*) Les calculs sont basés sur les vélos testés par TOUR en laboratoire et en soufflerie. Les machines du Tour de France peuvent s'en écarter dans les détails. Nous n'avons évidemment pas non plus pu examiner des prototypes de dernière minute. Contexte de la simulation.
Le tableau le montre : Pour s'échapper juste avant l'arrivée, il faut non seulement du courage et une grande endurance, mais aussi et surtout un aérodynamisme de pointe. La roue joue encore un rôle mineur, mais elle peut faire pencher la balance. Une roue peu aérodynamique perd plus de quatre secondes à 2300 mètres. Une différence de deux watts lors de la mesure en soufflerie se traduit ici par une différence de 0,27 seconde - ce qui représente tout de même quatre mètres et demi !
Les cyclistes luttent contre de nombreuses résistances. Mais surtout avec l'air. La résistance de l'air est de loin la plus importante, sauf en cas de montée raide. Pour minimiser la résistance à l'air, chaque détail compte : position sur le vélo, nature de la combinaison de course - dont la rugosité peut même être adaptée à la vitesse cible - chaussettes aérodynamiques, couvre-chaussures.
Pour la finale esquissée, le textile devrait être adapté à près de 60 km/h - donc, de par sa rugosité, être plutôt une combinaison de contre-la-montre qu'un monopièce pour les longues échappées (40-50 km/h).
Le casque aérodynamique est bien sûr placé. En outre, une position permettant une vitesse maximale. Sur ce point, les règles de l'UCI posent toutefois problème. En effet, la position la plus rapide pour le soliste est la position de la poignée de frein avec les coudes rentrés vers l'intérieur. Celui qui roule ainsi appuie volontiers ses avant-bras automatiquement sur le guidon supérieur - et c'est précisément ce qui est interdit par le règlement.
Enfin, si le matériel est optimisé, cela aide. Cela signifie ici et aujourd'hui : un cadre plat et des roues/pneus adaptés à 60 km/h, toutes les conduites sous crépi, un guidon plat. Les pneus les plus rapides pour une telle finale sont des pneus de contre-la-montre. Ils permettent également de gagner quelques watts. Même le meilleur lubrifiant sur la chaîne - de la cire selon nos mesures - apporte encore quelques watts. La somme de nombreux petits détails fait finalement déjà une différence substantielle pour la finale esquissée, qui doit être parcourue avec environ 600 W pour qu'une victoire soit envisageable.
Robert Kühnen a étudié l'ingénierie mécanique, écrit pour TOUR sur des sujets techniques et d'entraînement et développe des méthodes de test. Robert affine les calculs de simulation depuis des années, ils sont également utilisés par des équipes professionnelles.