La cinquième étape est un contre-la-montre. Le parcours est un parcours roulant, apparemment fait pour les spécialistes du contre-la-montre les plus lourds du peloton. Les coureurs lourds ont souvent un rapport puissance/résistance aérodynamique (cwA) plus favorable que les coureurs plus légers, ce qui leur permet de rouler un peu plus vite sur le plat.
Mais il n'y a pas de règle sans exception : Remco Evenepoel, champion du monde en titre de contre-la-montre, est également très rapide sur le plat, bien qu'il ne soit ni grand ni lourd. Ses performances exceptionnelles en contre-la-montre sont en grande partie liées à la manière dont il est assis sur son vélo. En vue latérale, on voit bien comment le grand casque remplit l'espace entre les bras et le torse, son corps se transforme ainsi en un corps aérodynamique. Jonas Vingegaard est lui aussi incroyablement bien assis sur son vélo, surtout pour un coureur de sa petite taille. Son casque de contre-la-montre Giro allonge parfaitement son corps. Le casque évasé à l'arrière rejoint les épaules, le nez proéminent dirige le flux autour du casque. Le casque agit comme un carénage et étire jusqu'à ses limites le règlement qui interdit les carénages.
Il est possible d'estimer l'aérodynamisme des coureurs à partir de leurs données de course. Avec les données du Tour de France de l'année dernière, nous avons calculé une valeur cwA de 0,175 pour Remco Evenepoel. En comparaison, un cycliste amateur moyen doit investir environ 350 W pour atteindre cette vitesse !
Mais les coureurs du classement ne laisseront en aucun cas le champ libre aux spécialistes. Car même si le parcours est court, il a son importance pour le classement général. Remco Evenepoel a remporté le contre-la-montre lors du récent Tour du Dauphiné et a repris 49 secondes à Tadej Pogačar et 21 secondes à Jonas Vingegaard en seulement 17,4 kilomètres. Les purs grimpeurs prennent quelques minutes de retard sur une étape comme celle d'aujourd'hui.
Lors d'un contre-la-montre à plat, l'aérodynamisme est la clé de la vitesse de pointe. Comme nous ne disposons pas de données concrètes sur les vélos de contre-la-montre, nous avons fait passer une série de vélos fictifs dans notre simulation de parcours afin de montrer l'influence de l'aérodynamisme sur le temps de course.
Une amélioration de trois pour cent du cwA permet d'économiser sur le trajet environ 20 secondes alors qu'un kilo de lest ne représente même pas 1,5 seconde pour un conducteur de 60 kg.
La stratégie est donc claire : Aero is everything. Le poids du vélo est secondaire, il s'agit de maîtriser le flux d'air.
Le plus important est le positionnement du conducteur, car c'est lui qui crée la plus grande partie de la résistance avec son corps. Des semi-remorques sur mesure, légèrement inclinées en angle, des casques aérodynamiques et des textiles efficaces sur le plan aérodynamique, avec la bonne dose de rugosité au bon endroit, sont les astuces qui permettent de gagner des secondes en soufflerie. La roue est également optimisée, mais l'adaptation individuelle au conducteur est décisive.
Le tableau montre les temps de trajet pour différentes configurations, avec des variations de poids et de performances aéro. Comme on peut facilement le constater, le poids n'a pas beaucoup d'importance. Ce qui compte, c'est l'aérodynamisme, qui permet de faire tourner efficacement la montre.
Pour Jonas Vingegaard, nous nous attendons à des valeurs de cwA dans le bas du tableau. Le temps de conduite le plus rapide du tableau correspond à une moyenne de 54,6 km/h !
A titre de comparaison, le roadbook du Tour de France prévoit un temps de parcours de 37 minutes.
Robert Kühnen a étudié l'ingénierie mécanique, écrit pour TOUR sur des sujets techniques et d'entraînement et développe des méthodes de test. Robert affine les calculs de simulation depuis des années, ils sont également utilisés par des équipes professionnelles.