Tom Bachmann, dpa
Épuisé et le visage maculé de boue, Florian Lipowitz se tenait au pied du Mont-Royal après ce qui fut peut-être la course la plus difficile de sa carrière. « Il m’a manqué le coup de fouet, mais j’en étais déjà conscient avant », a déclaré le meilleur cycliste professionnel allemand à l’agence de presse allemande (DPA) à propos de sa course aux Championnats du monde de Montréal. Alors que Brandon McNulty, l'outsider, remportait la victoire, Lipowitz a finalement terminé 47e au classement. Mais cela n'avait que peu d'importance.
On pouvait s’attendre à ce que cela ne suffise pas pour un résultat glorieux, compte tenu de la fracture de la clavicule subie il y a deux mois. Les Championnats du monde ont été, si l’on veut, le premier test de résistance en vue de la saison prochaine. Après quelques jours de repos, Lipowitz compte s'attaquer à trois courses italiennes d'une journée : le Giro dell'Emilia, les Tre Valli Varesine et le Tour de Lombardie. « J'ai du mal avec ça. C'est donc d'autant mieux si j'en cours quelques-unes », a expliqué Lipowitz.
Il a peut-être également en ligne de mire les Championnats du monde de l'année prochaine dans les Alpes françaises. Avec 5 700 mètres de dénivelé, ce seront les Championnats du monde les plus difficiles depuis 47 ans – et peut-être la meilleure chance pour Lipowitz de remporter une médaille. Même si la superstar Tadej Pogacar, absent au Canada en raison d’une fracture de la clavicule, est de nouveau au départ.
En principe, Lipowitz est un coureur de course par étapes ; il a du mal dans les épreuves comme les Championnats du monde. « Je réalise les mêmes performances lors de la troisième semaine du Tour de France que lors d'une course d'un jour », a expliqué le coureur de 26 ans. Dans les classiques, c'est surtout le punch, cette accélération explosive, qui fait la différence. Et l'expérience.
Lipowitz en a accumulé beaucoup cette année, notamment sur des sujets qui n'ont rien à voir avec le cyclisme. « J'ai appris à mieux gérer le stress. La pression est énorme, les attentes sont très élevées, surtout sur le Tour », a déclaré Lipowitz. « Je suis nettement plus mûr, un peu plus serein. »
C'est sa performance au Tour qui fera la différence. Il en est bien conscient après sa troisième place en 2025. Certes, ses statistiques affichent cette année de bons résultats, comme ses deuxièmes places au Tour de Romandie et au Tour du Pays basque, ainsi que sa troisième place au Tour de Catalogne. Mais son grand objectif était le podium du Tour, qu'il a manqué en raison de sa chute lors du contre-la-montre individuel et de l'abandon qui s'en est suivi.
« Dans l’ensemble, je peux me dire plus que satisfait », a déclaré Lipowitz. « Lors du Tour, j’étais en bonne voie pour monter sur le podium. Bien sûr, c’est une chose de réaliser une bonne saison. Le plus difficile, c’est ensuite de faire ses preuves à nouveau. »
Les préparatifs pour l'année prochaine ne seront effectués qu'à l'automne. Mais dès cette saison, il est apparu que l'équipe Red Bull aurait beaucoup de mal à concilier les intérêts de Lipowitz et ceux du champion olympique Remco Evenepoel. Cela vaut surtout pour le Tour, où Evenepoel a terminé deuxième derrière Pogacar après l'abandon de Lipowitz et du double vainqueur Jonas Vingegaard. C'est pourquoi le Belge aura désormais des ambitions dans la plus grande course du monde.
La question de savoir si l'équipe s'alignera à nouveau avec deux leaders reste en suspens, d'autant plus qu'une dispute, menée publiquement notamment par Evenepoel, a éclaté pendant le Tour cette année. Le Belge estimait n'avoir pas reçu suffisamment de soutien de la part de Lipowitz.
Quelles options s'offrent à Lipowitz face à ce dilemme ? L'année dernière déjà, des rumeurs faisaient état d'un transfert vers l'équipe Lidl. Mais la deuxième équipe allemande compte en réalité déjà trop de coureurs de classement dans ses rangs, avec Juan Ayuso, Mattias Skjelmose, Felix Gall et Giulio Ciccone. Et Lipowitz lui-même est encore lié à Red Bull jusqu’en 2029. Du moins sur le papier.
Il faut donc faire preuve d'un peu d'imagination dans la planification des courses. Lipowitz pourrait ainsi disputer le Giro d'Italia pour la deuxième fois après 2024. À l'époque, le Souabe avait dû abandonner après seulement cinq étapes en raison d'un problème de santé. L'année prochaine, il pourrait alors prendre le départ en tant que capitaine. Le Tour de France serait alors également une option pour se mettre en forme en vue des Championnats du monde, dans un rôle libre. La course sur route y a lieu dès la fin août, un peu plus d'un mois après la fin du Tour.
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