Analyse technique de l'Alpe d'Huez400 grammes ont coûté 9 secondes à Pogacar

Robert Kühnen

 · 24.07.2026

Analyse technique de l'Alpe d'Huez : 400 grammes ont coûté 9 secondes à PogacarPhoto : Getty Images / Gongora/NurPhoto
Pogacar ne se rendra certainement pas à l'Alpe d'Huez en baskets et sans casque, mais pour la présentation de l'équipe avant le départ du Tour, ça ne pose pas de problème

Sujets dans cet article

Jusqu'au 26 juillet, les meilleurs cyclistes du monde s'affrontent lors du Tour de France. Sur les routes de France, ce ne sont pas seulement les jambes qui décident de la victoire ou de la défaite, mais aussi le matériel. Le briefing technique TOUR consacré à la 19e étape.

Dernière étape, 1re partie : la 19e étape mène à l’Alpe d’Huez sur seulement 128 kilomètres. Ses 21 virages en épingle à cheveux font partie des incontournables du Tour ; c’est ici que le classement a souvent été bousculé. Le parcours présente 3 500 mètres de dénivelé. Compte tenu de la brièveté de l'étape, nous nous attendons à une course très saccadée. Le tableau officiel prévoit des moyennes comprises entre 37 et 41 km/h. À en juger par le déroulement de la course jusqu'à présent, la moyenne journalière se situera plutôt dans la fourchette haute.

L'ascension commence dès le départ, ce qui explique pourquoi les roues vont sans doute vrombir dans la zone de départ, tandis que les coureurs tenteront en même temps de rester aussi calmes que possible. L'objectif est d'amener les muscles des jambes à leur température de fonctionnement, tout en maintenant la température corporelle centrale aussi basse que possible. Cela permet en effet de disposer d'une réserve de puissance pour le début de l'étape. Celui qui prend le départ avec le sang-froid peut faire tourner son « moteur » un peu plus fort sans risquer de surchauffer immédiatement. Les astuces pour y parvenir : gilets rafraîchissants, refroidisseurs de mains à pompe, ventilateurs et bien d’autres encore. Intéressant, mais pas tout à fait cohérent. Le jour viendra où des camions frigorifiques seront postés au départ du Tour.

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Le profil : ça monte dès le départ, mais la montée finale surpasse tout le restePhoto : A.S.O.Le profil : ça monte dès le départ, mais la montée finale surpasse tout le reste

​Les coureurs du GC face aux échappés

Les échappés parviendront-ils à s'imposer ? Je m'attends à ce que l'équipe UAE roule à fond dès le départ. Et ce, exactement à la vitesse maximale de Nils Politt, c'est-à-dire assez vite. À une autre occasion, Politt avait déjà réduit le peloton à 30 coureurs. L'objectif sera de maintenir le groupe de l'UAE soudé pour la traversée des montagnes. Seule exception envisageable : Paul Seixas et Remco Evenepoel lancent, avec un courage fou, une attaque précoce pour le maillot jaune et la course des leaders du classement général s'emballe dès le premier kilomètre. Une idée séduisante, mais malheureusement aussi très improbable.

Il faut être réaliste : pour tenter une échappée, il faut tout donner dès la première montée et atteindre sa puissance maximale afin de distancer Politt et ses coéquipiers. Et ensuite, tenir le coup pendant la longue descente entre les montagnes.

La montée classique vers l'Alpe d'Huez est si prestigieuse que Tadej Pogacar voudra sans doute s'y imposer en maillot jaune devant un public nombreux et creuser son avance. Comme il dispose également de l'équipe la plus forte du Tour, il est, plus que n'importe quel autre coureur du peloton, en mesure de mener son plan à bien.

Si des échappés parviennent à se détacher, ils ne pourront donc très certainement pas filer à leur guise, mais seront tenus en laisse avec discernement, de manière à ce que Pogacar puisse les rattraper comme prévu dans la dernière ligne droite.

Voilà pour le scénario, si tout se passe comme prévu. Heureusement, il existe toutes sortes d'imprévus, ce qui nous permet de conserver un peu de suspense.

La montée finale commence en pente raide. Dans la partie supérieure, la pente s'adoucit.Photo : A.S.O.La montée finale commence en pente raide. Dans la partie supérieure, la pente s'adoucit.

​Technique pour la montée finale

Notre analyse technique d'aujourd'hui porte sur la montée finale. Quels sont les paramètres à régler pour réduire au maximum le temps de parcours ? L'aspiration joue-t-elle encore un rôle une fois le premier virage pris ?

Pour étudier cette question, nous simulons différents scénarios sur ordinateur. Nous cherchons également à déterminer si Tadej Pogacar pourrait battre les records actuels sur cette montée et quel rôle son vélo jouerait dans cette entreprise.

Le record officiel du parcours, détenu par Marco Pantani, est de 37 min 35 s, établi en 1997 – mais sur un parcours de 14,5 kilomètres, plus long à l'époque. Converti à la distance habituelle actuelle de 13,8 kilomètres, cela donne un temps non officiel de 36 min 55 s. Pantani avait fait encore mieux deux ans auparavant : en 1995, il avait réalisé un temps de 36 min 50 s sur cette même distance convertie – un record qui reste à ce jour inégalé.

C'est un temps de légende qui n'a jamais été égalé depuis, pas même dans les contre-la-montre, bien que Pantani ait réalisé cette performance à l'issue d'une étape difficile.

Est-il possible de réaliser un meilleur temps grâce à la technologie cycliste moderne et aux connaissances actuelles, sans recourir à l'EPO ?

D'après nos calculs : oui. Le record pourrait théoriquement être battu si Tadej Pogacar attaquait la montée dès le départ à vitesse maximale. Le temps de parcours le plus rapide calculé, avec une puissance moyenne de 440 watts et un réglage optimal du vélo : 35 min 59 s (6,7 W/kg). Ce serait un nouveau record.

Dans le cyclisme moderne, ce genre d'attaques épiques est toutefois plutôt rare. Si la lutte pour la victoire ne s'engage qu'en deuxième moitié de course, voire plus tard, le record ne sera probablement pas battu.

La vitesse dans la montée se situe entre 17 et 26 km/h ; dans la partie supérieure, plus plate, on atteint même plus de 30 km/h. L'aérodynamisme est donc un facteur mineur, mais non négligeable. Cela se reflète également dans les différences calculées en termes de temps de parcours entre le Colnago Y1RS – que Pogacar utilise de série – et le vélo léger V5RS : à poids égal, le vélo léger, moins aérodynamique, serait plus lent de 7 secondes.

Cependant, le vélo « Leichrad » devance le modèle plus moderne Y1RS de deux secondes, même s'il pèse 400 grammes de plus.

À des vitesses d'escalade habituelles, l'effet d'aspiration ne joue qu'un rôle mineur, mais il est perceptible, surtout dans les passages moins raides.

La formule de l'Alpe d'Huez : 400 grammes = 9 secondes

Nous pensons que les mécaniciens vont tout mettre en œuvre pour régler le Colnago Y1RS aérodynamique à 6,8 kilogrammes. S'il pesait 7,2 kg au lieu des 6,8 kg minimum autorisés, Pogacar perdrait 9 secondes sur la route et serait même deux secondes plus rapide avec son ancien V5RS au poids minimum.

Vélos potentiels du favori dans l'analyse des temps de parcours :

Le vélo du vainqueur présumé dans différentes configurationsPhoto : Robert KühnenLe vélo du vainqueur présumé dans différentes configurations

Le vélo du vainqueur présumé dans différentes configurations : le Colnago Y1RS, disponible en cinq versions dont le poids varie de 6,8 à 7,2 kg. Comme le montre le tableau, le vélo léger V5RS se hisse devant les bolides aérodynamiques dans le classement lorsque ce dernier dépasse de 400 g le poids minimum (comme cela a déjà été mesuré lors de ce tour).

Les deux dernières lignes montrent ce qui se passe lorsque le rendement de la transmission est moindre (+9 secondes en cas de lubrifiant de moins bonne qualité sur la chaîne) ou lorsque les pneus roulent moins bien (+10 secondes).

Après tout, ces deux effets sont plus marqués que la différence de poids de 400 grammes !

Un sportif amateur (78 kg, 240 W de FTP) à titre de comparaison – avec l'équipement de Pogacar :

tour/tdf-19-26-b_9dccd50a703f44b5555d2b2d0f54630ePhoto : Robert Kühnen

Avec un équipement professionnel, un cycliste amateur lambda pourrait réaliser un temps d'environ 1 min 12 s à 3 W/kg – s'il donne tout ce qu'il a. Le FTP correspond généralement à une estimation optimiste pour une heure ; ici, le temps de parcours calculé dépasse déjà une heure.

* Calculs de simulation

Sur la base de nos propres essais en soufflerie, nous réalisons des calculs de simulation pour le briefing technique du Tour de France. Comment TOUR procède-t-il à ses essais : essai d'un vélo de course aérodynamique en soufflerie.

Nous cherchons à déterminer quelles roues peuvent offrir un avantage technique dans quelle situation. Les variables que nous pouvons modifier dans la simulation sont le poids des roues, le poids du cycliste, l'inertie des roues, le coefficient de traînée aérodynamique, le coefficient de résistance au roulement et le rendement de la chaîne cinématique.

Pour modéliser les temps de course, nous utilisons des performances et des poids réalistes pour les coureurs, que nous combinons avec nos données issues de la soufflerie, puis nous faisons courir virtuellement les coureurs sur des tronçons de parcours sélectionnés, que nous extrayons des données officielles du parcours ; les profils altimétriques qui en découlent jouent ici un rôle central. La modélisation inclut également des virages dans lesquels nous pouvons freiner de manière réaliste, ainsi que des profils de puissance réglables adaptés à différents types de coureurs. Nous faisons ainsi la distinction entre les accélérations en montée et les véritables sprints finaux. Au final, tout cela rend la simulation très réaliste. Ce que nous ne pouvons pas reproduire, ce sont les effets liés à la dynamique de conduite, tels que le comportement individuel des roues sur différents revêtements.

Les temps de parcours calculés pour les tronçons décisifs de la course mettent en évidence l'influence des roues – à condition que les coureurs adoptent toujours le même comportement dans un scénario donné.

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Robert wurde 1964 in Düsseldorf geboren und fuhr seine ersten Straßenrennen mit 17 Jahren. Zum Spitzenrennfahrer reichte es nicht, aber zu späten Nischenerfolgen. 2011 gelang es Robert, Zeitfahrweltmeister der Journalisten zu werden. Nach seinem Maschinenbaustudium in Essen führte ihn sein Weg bereits 1993 zur TOUR, wo er anfangs mit der Legende Hans Christian Smolik zusammenarbeitete. Heute ist Robert freiberuflich für TOUR und BIKE unterwegs, mit den Schwerpunktthemen Aerodynamik, Messtechnik und Entwicklung neuer Prüfmethoden. Motto: Geht nicht? Gibt‘s nicht. Robert berät auch die Radindustrie und Profiteams, coacht Athleten und kümmert sich um den Radsportnachwuchs. Als Radsportler mag es Robert kurz und schnell, auf schmalen wie auf breiten Reifen.

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