Du Cap Nord à la mer Noire en seulement 29 jours : tel est le bilan impressionnant d’un périple à vélo porteur d’un double message : un rappel de la paix et, par ailleurs, un exploit sportif remarquable. Les Crataegutt Seniors ont pris le départ le 15 août 2026 à Jakobselv, à la frontière entre la Norvège et la Russie. L’équipe, composée de huit cyclistes, a suivi la ligne de démarcation historique qui, pendant des décennies, a divisé l’Europe en deux. Le parcours a traversé plusieurs pays et s’est achevé, après près de 10 000 kilomètres, à Zarevo, sur la côte bulgare de la mer Noire. En moyenne, ces seniors endurants ont parcouru plus de 340 kilomètres par jour – mais avec une composition d’équipe variable. Pendant que certains se reposaient, d’autres enfourchaient leur vélo. L’un des participants a même fêté son 80e anniversaire au cours de ce périple.
Les seniors ont traversé de nombreux sites historiques et d’anciennes installations frontalières. Aux anciens postes-frontières, des monuments commémoratifs rendaient hommage aux personnes qui ont perdu la vie en tentant de fuir. La frontière intra-allemande a particulièrement marqué les cyclistes. En tant que témoins de cette époque, ils ont souhaité rappeler la période où une frontière meurtrière séparait les gens les uns des autres. Ce parcours avait pour but de rassembler les personnes des deux côtés des anciennes frontières et d’envoyer un message de compréhension. « À une époque où les bombes tombent à nouveau et où des personnes meurent à cause de la guerre et de la violence, il est particulièrement important pour nous de rappeler ce passé », peut-on lire dans un communiqué.
Par leur exploit, ces huit seniors ont voulu montrer que l'âge ne constitue pas un obstacle aux défis sportifs. Près de 10 000 kilomètres parcourus à vélo en 29 jours témoignent des capacités physiques des personnes âgées. Les Crataegutt Seniors se considèrent comme des modèles d’un mode de vie actif jusqu’à un âge avancé. Ils souhaitent encourager d’autres personnes de leur génération à se fixer des objectifs et à relever de nouveaux défis.
L'aventure commence de manière spontanée. En raison du temps magnifique, le groupe décide sans hésiter de partir un jour plus tôt que prévu. Le 16 août à 14 heures, c'est parti – avec beaucoup d'enthousiasme et plein d'énergie. Les premiers jours en Finlande sont marqués par la pluie. Après deux journées pluvieuses, le groupe s'accorde une pause bien méritée dans un camping à Lieksa. Prendre une douche, faire la lessive, sécher son équipement : ce qui va de soi à la maison devient un véritable luxe en voyage. Peu après, un moment historique particulier : près de Hattuvaara, le groupe visite le point le plus à l’est de l’Union européenne, juste à la frontière russe. La Guerre froide et l’ancienne division de l’Europe deviennent soudainement tangibles ici.
L'étape de Tallinn jusqu'au-delà de Riga offre une journée pleine de contrastes : de belles pistes cyclables le long de la mer Baltique alternent avec des routes très fréquentées où les camions filent à toute allure. Sur plus de 335 kilomètres, l'itinéraire traverse la Lettonie, plate comme une planche à repasser, à travers des forêts à perte de vue avec, de temps à autre, des aperçus de la mer Baltique. Pour la première fois, le rythme prévu fonctionne : une équipe pédale tandis que l'autre se repose.
Le plus grand défi quotidien de ce voyage n’est pas le vélo en soi, mais l’orientation. L’itinéraire initial de 2013 a disparu à de nombreux endroits. Les accompagnateurs suivent en camping-car un itinéraire qui est bel et bien balisé comme piste cyclable – et se retrouvent sur un chemin forestier étroit et envahi par la végétation, à peine 20 centimètres plus large que le véhicule, avec un fossé à gauche et un petit ruisseau à droite. Au bout du chemin se trouve un petit pont en bois, tout simplement inadapté à un camping-car avec remorque. Il ne reste qu’une seule solution : repousser la remorque à la main sur environ 800 mètres, puis faire reculer le camping-car sur toute la longueur du chemin pour en sortir. Ce jour-là, nous passons également la frontière entre la Pologne et l’Allemagne.
Peu après, survient l’un des moments les plus émouvants de tout le voyage. Au centre de documentation sur la frontière à Lübeck-Schlutup, des photos et des documents rendent hommage aux personnes qui ont perdu la vie en tentant de quitter la RDA. Lorsque Lothar Färber (multiple champion de RDA de biathlon) commence à raconter son histoire personnelle de l'époque où il vivait en RDA, il ne peut retenir ses larmes et doit interrompre son récit. Un moment qui montre clairement que l'histoire ne se résume pas à une succession de dates, mais qu'elle est faite de destins personnels et de blessures qui perdurent au fil des décennies.
Comme le groupe a désormais un peu d'avance sur son programme, il fait un détour par la région natale de Lothar, dans l'ancienne RDA. Les anciens chemins frontaliers et les traces du passé font de ce voyage une expérience tout à fait personnelle.
Au Point Alfa, dans la Rhön, l'histoire de la Guerre froide est palpable. À cet endroit, quelques centaines de mètres seulement séparaient autrefois les postes d'observation américains de la frontière interallemande. Le groupe emprunte l'ancienne route militaire que les gardes-frontières de la RDA utilisaient pour leurs patrouilles. Là où régnaient autrefois les barbelés et les tours de garde, poussent aujourd’hui des arbres et de l’herbe. Le message silencieux de ce lieu : la paix ne va pas de soi.
Vient ensuite l'un des jours les plus joyeux de tout le voyage. L'un des participants fête son 80e anniversaire. Le groupe lui rend un hommage chaleureux, rendant hommage à cet homme qui, à 80 ans, est toujours animé d'un grand goût pour l'aventure.
Peu après, une visite émouvante est prévue au mémorial près de Drasenhofen. 56 colonnes de fer rendent hommage aux personnes qui ont été tuées dans cette zone frontalière. Sur le chemin du retour, un automobiliste double soudainement le groupe, se place en travers de la route et les oblige à s'arrêter. Il s'avère être un fan inconditionnel qui a suivi le voyage quotidiennement sur les réseaux sociaux depuis le début. Ce qui semble d'abord être une situation inhabituelle se transforme en une rencontre chaleureuse qui vient sauver la journée.
Le lendemain matin, une grande surprise attend les cyclistes au pont de la Liberté à Bratislava : Simon Gruber, de l'ambassade d'Autriche, des représentants de la presse et même un groupe de supporters venus d'Autriche sont là pour les accueillir. Il s'ensuit ensuite une petite confusion géographique, lorsqu'une partie du groupe se met à pédaler sur la mauvaise rive du lac de Neusiedl. Finalement, tout le monde se retrouve.
À Kőszeg, en Hongrie, les seniors sont accueillis par le maire, le consul autrichien et la presse locale, et bénéficient d'une visite guidée de la mairie. Le soir, un emplacement de rêve les attend en Croatie, avec tout le confort nécessaire – et pour finir en beauté : du vin offert.
Le lendemain, c’est l’une des aventures les plus divertissantes de tout le voyage. En une seule journée, le groupe traverse la Croatie, la Serbie et la Hongrie. À la frontière serbe, un accompagnateur se présente seul au volant du camping-car. Les douaniers découvrent des cartons contenant des provisions de voyage et traitent la situation comme une affaire de contrebande de grande envergure. Les uns après les autres, ils viennent examiner la marchandise suspecte. Après une longue discussion où Oliver fait preuve de patience pour s'expliquer, il est enfin autorisé à reprendre la route. Les provisions sont inoffensives, et le groupe s'enrichit d'une anecdote inoubliable.
La première panne du voyage, qui en comptera d’ailleurs quatre au total, survient le lendemain : deux conducteurs font un petit détour et traversent un pré. Résultat : quatre crevaisons d'un seul coup. Malgré tout, cette journée reste inoubliable, car elle nous permet de traverser la « Porte de Fer » – une imposante percée du Danube qui rappelle la Wachau, mais qui semble plus large et plus sauvage.
En Macédoine du Nord, environ 4 000 mètres de dénivelé les attendent à nouveau à travers des paysages montagneux impressionnants. Mais dès leur entrée sur le territoire, le groupe est confronté à une situation typiquement balkanique : le douanier exige la carte verte de la remorque de la caravane, qui n’est pas disponible. Après une demi-heure d’attente, l’assurance peut être souscrite directement sur place. Le prix : 15 euros. Or, le groupe n’a que 13 euros sur lui. « Pas de problème », dit le douanier, avant de délivrer un reçu de 10 euros. Parfois, dans ce voyage, il faut simplement continuer son chemin sans trop poser de questions.
Avec environ 4 000 mètres de dénivelé supplémentaires à franchir à travers les montagnes bulgares, la ligne d’arrivée se rapproche de plus en plus. Les nombreux kilomètres et les montées laissent des traces dans les jambes, mais l’avance acquise permet de lever le pied. 29 jours, d'innombrables kilomètres et dénivelés, des lieux de mémoire émouvants, des accueils chaleureux, de petits pépins et de grands moments de rire figurent au final dans le carnet de route. L'Iron Curtain Trail 2026 a été un voyage à travers l'histoire de l'Europe, à travers des paysages variés et à travers la vie des gens.

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